Vite, éd. Milanesi, t. VII, 1906, p. i
MICHEL- ANGE I/Jq
cipes : s'il esl vrai que Rapliaël, pénétrant dans la chapelle Si\tine à l'insu de Michel-Ange, lui a dérohé sournoisement quelque chose de sa puissance et de son énergie ; si Michel- Ange d'autre part, jaloux du coloris de Raphaël, s'est associé sans le dire le vénitien Sehastiano del Piombo ^ pour envelopper son dessin des harmonies de l'a couleur, nous jetons dans l'éternel débat de la ligne et du coloris, du génie qui n'écoute que soi et crée en silence ou du talent compréhensif qui prend son bien un peu partout, deux autorités décisives.
En i835 il était urgent aux classiques de se prononcer. Pour Stendhal, pour Eugène Delacroix, pour Gustave Planche, Raphaël doit beaucoup à son rival. Mais Quatremère fait retomber sur Michel-Ange tous les larcins : le florentin étant le plus grand des dessinateurs, mais n'étant que cela, avait tout à apprendre du premier des peintres. Tout au plus celui-ci doit-il quelque ampleur de style, plus de développement dans les formes de son dessin, au carton de la Bataille d'Anghiari qu'il a vu à Florence ^ Si l'Isaïe peint à fresque sur un des piliers de S''' Maria délia Pace est michelangelesque, c'est un « pasticcio », une « singerie de style » de la part d'un jeune dieu qui s'amuse ^ : il prouve qu'il peut, s'il veut, faire du Michel- Ange. Les Sibylles et les Prophètes qui sont au-dessus semblent s'être proposés de montrer précisément ce qui manque à leurs pareils de la Sixtine : la noblesse des formes, la dignité du caractère, la beauté des physionomies, la propriété du sujet'. La clandestine visite à la chapelle ponlilicale pour dérober le secret de la sublimité est une invention de Georges Vasari, élève de Michel-Ange et florentin (( jusqu'à l'hyperbole » '. Au fond, c'est bien le débat de Florence ou de Rome^ qui revient sur le tapis en
1. Quatremère, Blogr. univers., t. XL, p. 897, et Michel- Ancje, p. 76.