‹ L'esthétique classique chez Quatremère de QuincyChapitre 143 sur 163 · Raphaël, p · texte numérisé non relu

Raphaël, p

t5o les autorités modernes de la doctrine

i835, comme en 182 4 à propos de Raphaël et des Qualtrocentistes : elle domine la question de notre initiation italienne depuis notre Renaissance, qui est florentine, depuis notre xvii'' siècle, qui est romain et bolonais, jusqu'aux révolutions de 1798 et de i83o, qui essayèrent en vain d'associer Florence à Rome comme éducatrice du génie française A propos de Michel- Ange, ce n'est plus le naturalisme florentin que Quatremère redoute, comme naguère à propos des peintres du xv*' siècle : c'est la virtuosité du dessin. En dépit des réticences qu'il doit à une tradition consacrée et à Michel-Ange lui-même dont il subit fortement l'autorité, il essaie une fois de plus, en bon classique, de tuer l'indéfectible individualisme qui se moque des règles, l'obstinée préoccupation de la science technique, l'inquiétude des formes rares ^

A dire vrai, c'est l'esprit de l'Ecole qui le guide. Depuis la réforme idéalo-antique de la lin du xviii*' siècle^ le prestige de Michel-Ange avait subi des attaques passionnées. Winckelmann ne lui pardonne pas d'avoir, en architecture, bouleversé a l'économie des anciens » par l'excès de la décoration et frayé la voie au Borromini \ moins encore d'avoir fait revivre en plein xvi*' siècle le vieux génie étrusque, si soiïibre^;la contraction du dessin, l'excessive saillie des muscles, l'outrance de l'expression démoniaque dans le Jugement Dernier viennent des peintures des nécropoles ou des

1. Cf. R. Schneider, op. cit., IV^ Partie. L'Académie de France à Rome.

2. Partout Michel-Ange est sacrifié à Raphaël ; cf. p. 71, et Raphaël, p. 80,

3. Et même avant : Gochin le graveur est très sévère au Jugement Dernier (cf. le Moniteur, 5 juin 1837) : « Cette manière est si outrée, que ceux qui l'étudieraient courraient le risque de tomber dans un goût tout à fait barbare. » Falconet estime que le Moïse ressemble « plutôt à un galérien qu'à un législatucr inspiré » (Stendhal, La Peinture en Italie, p. 371).

4. Remarques sur l'Architecture des anciens, traduct. Jansen, 1783.

5. « Le dessin chez les Etrusques fut toujours inexact, surtout outré... Toutes les figures souffrent une contraction violente dans les muscles, malgré l'âge et le sexe. Les Toscans d'aujourd'iiui ont conservé une partie de ces défauts ; on les remarque dans les peintures de M. Ange Buonarotti » (^Monumcnti Inediti, traité préliminaire, trad. Desodoards, p. 5o).

bas-reliefs des sarcophages. Rien n'est plus piquant que de voir un historien de l'art, en 1767, avant Ruskin\ avant Ad. Venturi", chercher et retrouver chez un toscan du liinascimento l'hérédité étrusque. Voilà l'étrange génie tyrrhénien, c'est-à-dire oriental, naturaliste jusqu'à la grimace, ob&édé de la mort et de l'horreur infernale, perpétué en pleine Florence médicéenne, humaniste et platonicienne, et consacré à Rome en plein Vatican par le choix d'un Pontife. Pour le dévot de l'Apollon, Michel- Ange est dénué du sentiment de la beauté, que l'excès du savoir a étouffé ; (( le même chemin qui conduisit Michel-Ange dans les lieux sauvages et sur les rochers escarpés mena le Bernin dans les bourbiers et les marais fangeux^ ». Telles étaient les préventions qui habitaient en 1 758-1 768 l'aimable villa du cardinal Alexandre Albani, et que Quatremère y retrouva en 1 776-1 780, puis en 178/i, au milieu des antiques gréco-romains ou romains de l'Empire. Fuessli, ami de Winckelmann, le chevalier Azzara souffrent devant les œuvres de Michel-Ange* ; pour Raphaël Mengs, que Quatremère a connu à Rome, son style n'est qu'une « majestueuse charge' ». Milizia déclare devant le Moïse : (( la tête, si vous lui coupez son énormissime barbe, est une tête de satyre à crinière de sanglier. Le tout ensemble est un goujat horrible, drapé comme un lazzarone » ; et devant le Christ du Jugement Dernier : « est-ce un Christ ou un bourreau "^P »

1. Les Matins à Florence, trad. E. Nypels « Devant le Soudan »,

2. Storia delV arte ital., t. I, p. 68: les démons étrusques, au bec d'aigle, aux cheveux hérissés où s'enroulent des serpents, aux gros yeux menaçants, se retrouvent dans le Jugement Universel. Les statues de la chapelle des Médicis offrent des réminiscences des nobles figures assises aux flancs de la porte de l'urne d'Arnth Yelimnas Aulcs dans la tombe des Volumnii.

3. Réflexions sur le sentiment du Beau, et Hist. de l'A., i. I, liv. IV, chap. ii.

— « Par étalage de science il a forcé les attitudes et les gestes, franchi toutes les bornes de la décence dans les figures du tombeau des grands ducs de Toscane ».

— Chez lui (( la figure du Sauveur paraît empruntée des productions barbares du Moyen Age ».

/j. Stendhal, Hist. de la Peint, en Italie, p. 358.

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