‹ L'esthétique classique chez Quatremère de QuincyChapitre 154 sur 163 · II. — I · texte numérisé non relu

II. — I

protestant, républicain, romantique, enveloppé de « mélancolie désespérée », un composé de Brutus, de Luther, de Dante ^ et de Byron.

C'est alors qu'intervient Quatremère, fort embarrassé. Il ne faut ni abandonner aux adversaires une autorité si prestigieuse, ni proposer sans réserve à l'Ecole son exemple malsain. De là ce livre si curieux, surtout à cette date critique et de la part d'un secrétaire perpétuel de l'Académie : mélange d'admiration et d'hostilité, où parle tour à tour l'artiste d'instinct et le pédagogue qui a charge d'âmes.

Aux sections de peinture et de sculpture de l'Institut, à tous les artistes qui relèvent de son esthétique, il faut d'abord dénoncer chez Michel-Ange l'insupportable abus de l'originalité. L'excès du sens personnel a toujours répugné à tous les dogmatismes ; on ne peut résolument accepter comme un maître l'artiste qui lui-même n'a reconnu aucun maître, n'est comparable à personne, imitable à personne. En méthode classique, celui qui défie parallèle, imitation, c'est-à-dire mensuration, est à reléguer dans la solitude même où il s'est complu ^

Car voici une conséquence déplorable : pour laisser le champ libre à sa personnalité, Michel-Ange a soin de ne choisir que des sujets très vagues. Les statues des mausolées des Médicis n'en ont même pas : il leur a trouvé un nom, c'est-à-dire un sens, après coup^ L'œuvre d'art n'est donc plus ce qu'elle doit être : l'expression d'un sentiment ou d'une idée, c'est-à-dire un idéogramme, où la forme est humble servante ; elle devient une étude, une académie de nu, un ensemble de « morceaux », où toutes les audaces de dessin, toutes les figurations possibles du corps humain

1. La faveur de Michel-Ange accompagne celle de Dante : de 1828 à i83o Artaud de Monter publie la 2^ édition de sa traduction de la Diolne Comédie, qui a grand succès (Paris, Didot, 9 vol. in-i8) ; en i833 et i834 Fauriel professe à Paris son cours sur Dante et les origines de la langue et de la littérature italiennes. Incroyable est la passion des romantiques pour Dante, que d'ailleurs ils semblent ne pas comprendre.

Page 1