Id., p
[\. Michel- Ange, p. 10.
l6/i LES AUTORITÉS MODERNES DE LA DOCTRINE
supériorité immense de l'antique \ Son Bacchus en état d'ivresse n'est pas conforme au type de l'art antique : tous les Bacchus trouvés depuis sont venus opposer « à une expression banale la grandeur de style », à un homme ivre (( l'inventeur des mystères orgiques^ ». La draperie du Moïse est celle des Sarmates, des peuplades demi-guerrières de l'Asie'^; les Romains en ont donné de pareilles aux Barbares, les Grecs eussent frémi. Dans la Pietà, la Vierge est trop frêle et le corps du Christ trop maigre : rien du canon antique*. Michel- Ange sculpteur pouvait paraître grand avant les grandes découvertes archéologiques de notre siècle ; Bottari disait; (( ha superato d'assai i Greci ». Mais aujourd'hui les parallèles antiques l'ont frappé de déchéance.
Il a gâté les sculpteurs qui l'ont suivi. Ils ne pensent plus qu'à l'imiter : de Jean de Bologne aux élèves de Bernin la manière et la convention remplacent l'originalité \ Jusqu'à lui la sculpture avait servi de régulateur à la peinture : le premier il donne à ses figures sculptées, nues ou drapées, (( quelque chose du goût large et un peu bizarre de ses peintures ». Le Bernin est son héritier direct. Les Bolonais lui doivent en partie leurs draperies compliquées, leur dessin maniéré ^ Or Bernin et les Bolonais, c'est déjà la sculpture et la peinture de notre xviu'' siècle, la première toujours à la remorque de la seconde. Encore une vue pénétrante : de Michel-Ange au Bernin, de Bernin à Puget, de celui-ci à Pigalle, puis à Jean Duseigneur, à Antonin Moine, à Triqueti, Quatremère reconnaît les mêmes errements : violenter la ligne, qui se courbe ou se brise, flamboie ou zigzague, exagérer les effets de lumière et d'ombre dans les creux,