LES LETTRES A CANOVA ( 1 8 I 8) I
ce que « l'ignorant Mummius » et ses successeurs en ont violemment distrait ; en faveur de Gorinthe, d'Athènes, d'Olympie, de Delphes, d'Epldaure, d'Argos..., sa critique opère les mêmes restitutions qu'il avait prônées en 1796 en faveur de Rome lors des rapts de Bonaparte, et que l'année 181 5 va voir se réaliser. Ainsi, ramener les antiques du Louvre à Rome, puis sur les antiques gréco-romains ou hellénistiques de Rome essayer de pressentir le pur hellénisme, telle est la régression que poursuit sa méthode. Chez ce romanisant, désormais (( le sol même de Rome fait naître une impression défavorable. L'Italie ne (lui) parut plus être qu'une sorte de marché secojidaire des ouvrages grecs. On avisa aux moyens de s'en procurer de la première main, en remontant aux sources mêmes de l'art ^ ». Ce sont les Cockerell et ses compagnons avec la découverte et l'acquisition des frontons d'Egine en 181 1, puis de la frise de Phigalie en 181 2 ; c'est Ghoiseul-Goufïîer avec ses moulages et son fragment original de la frise des Panathénées, puis avec sa métope, achetée en 181 8 pour le Louvre sur les instances de Quatremère ; c'est surtout lord Elgin avec la riche collection de la frise, des 16 métopes, et des statues des frontons ; c'est enfin l'entrée au Louvre en 1820 de la Vénus de Milo, qui ont fait dériver la « source » vers l'Europe occidentale, dont l'art va s'y rajeunir. Et c'est parce que Quatremère a plus qu'un autre aidé à la compréhension de ces œuvres que Sainte-Beuve salue en lui un « grec de la grande époque^ ».
Les Lettres à Ganova, écrites devant les marbres du Parthénon, ne contredisent pas Y Idéal, écrit près des antiques gréco- romains du Louvre impérial ; seules diffèrent la qualité des arguments, pris cette fois sur l'œuvre même du maître, et la formule beaucoup plus large 011 l'idéaliste, jadis intransigeant, définit désormais pour nos artistes le génie
1. Jupit. olympien, avant-propos ; Notice sur Visconti, 1820; article sur II Museo Chiaramonti do Visconti (^Journal des Savants, juillet 182 1, p. Sgô) ; 3'- Lettre à Canova, édit. i836, p. 29.