‹ L'esthétique classique chez Quatremère de QuincyChapitre 37 sur 163 · Moniteur du 18 mai · texte numérisé non relu

Moniteur du 18 mai

SON ELABORATION 29

sont apaisés dans le triomphe; c'est l'année* oii Delacroix expose sa Bataille de Taillebourg, Roqueplan la (( Souscription hollandaise », réminiscence de Téniers, Célestin Nanteuil son Christ guérissant les malades, Clément Boulanger la Procession de la Gargouille à Rouen, Corot et Cabat des (( paysages-portraits, où le beau idéal est à l'index », Brascassat et Marilhat des taureaux et une scène pastorale sans mythologie. H y a peu d'exemples d'une énergie aussi obstinée "": des Considérations de 1791 à Y Idéal de 1837, si sa doctrine change peu, c'est que l'ennemi lui-même n'a fait que changer de figure^; rien de plus dramatique que cette longue campagne, menée au nom d'abstractions ; dans cette lutte pour des idées, pour des idées qu'il s'agit de rendre sensibles par des formes, Quatremère garde, dans le ton, dans le style, la hauteur méprisante de l'homme en place qui a devant lui une horde de bohèmes, du dogmatiste à l'égard de gens sans doctrine puisque nier les règles n'est pas une foi positive, du néoplatonicien à l'égard d'adversaires qui se traînent dans la sensation.

L'esthétique se fonde d'abord sur quelques vérités d'expérience, que les romantiques oublient trop. L'art ne se développe et n'atteint à la beauté que s'il correspond aux besoins profonds de la société, s'il est une fonction de la vie nationale'. Sa dignité n'est ni d'orner ni d'amuser : s'il n'est ob-

1. « Le Salon «, Moniteur des 2, 7, i3 mars, el 3, 10, 17 avril 1887 (signé F. P.).

2. Il fut pour les romantiques, pour Jal par exemple, « un cauchemar fatigant » (Salon de iSay, p. 538).

3. Avant de l'appeler le Romantisme, Quatremère et le xviii'- siècle l'appelaient l'Ecole du Modèle.

4. Considérations morales sur la destination des ouvrages de l'art, i8i5; Extrait d'un ensemble de recherches historiques et philosopJiiques sur la cause principale du développement et de la perfection des Beaux-Arts chez toutes les nations, dissertation lue en séance j)ubliquc de l'Académie des Beaux-Arts, 1826. — Au sujet de la campagne effective que Quatremère a menée contre les Musées et les Salons, cf. Schneider, op. cit.

3o LA DOCTRINE OU PHILOSOPHIE DE LART

jet que de jouissance, il cherche le huis-clos dans ces (( espèces de serres » qu'on appelle des muséums ou dans ces muséums provisoires qu'on dénomme des Salons, a hors de l'action des causes naturelles » ; il s'adonne aux petits genres, à tous les vices du dilettantisme, c'est-à-dire à toutes les recherches formelles et techniques. Il n'est de grand art que par une destination certaine, utile, publique surtout, et qu'en des sujets oii s'intéressent le sentiment religieux, l'esprit public, l'histoire ou la tradition. Alors la forme se soumet à l'idée, et l'art est un idéogramme.

Après avoir assigné à l'art une fin hors de lui-même, l'esthétique lui donne pour points d'appui la théorie de l'universalité du beau, une théorie du progrès, une théorie de l'originalité. Un (( pyrrhonisme très répandu » justifie chez l'artiste toutes les licences en vertu de la j)rétendue diversité des goûts dans le temps et dans l'espace. Non : il y a un « beau fixe et universel^ ». Les romantiques eux-mêmes ont senti le besoin de donner à leur esthétique une base objective ; Charles Nodier l'édifie sur (( la nature invariable^ ». Quatremère relève ce qu'il croit être une erreur. Chercher l'étalon du beau dans la diversité infinie des formes particulières, sans choix ? Le beau fixe et universel a été déterminé par les races d'élite, qui sont les races belles et reconnues pour telles par le consentement des générations ; il a la propriété de se manifester sous les mêmes formes, partout, en tous temps, et à tous ceux qui ont l'esprit et le sens assez exercés pour le comprendre, le sentir et le reproduire. Le type en est l'image de l'Homme par excellence, élaborée chez les races belles et douées de la faculté de généraliser. Sans se demander si son dogmatisme impérieux ne débute pas par une pétition de principes, et ne tranche pas un difficile problème par le i^cile argument d'autorité, qui est le consentement du plus grand nombre, Quatremère donne cette idée

1. De l'universalité du Beau et de la manière de l'entendre. Extrait d'un Essai de théorie sur le Beau dans les Beaux- Arts, lu en séance publique des quatre Académies le 24 avril 1827. Paris, Didot.

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