‹ L'esthétique classique chez Quatremère de QuincyChapitre 40 sur 163 · L'Imitation, p. i · texte numérisé non relu

L'Imitation, p. i

2. Id., ip. 68-86. C'est ici la discussion du sens du fameux « ut pictura poesis » d'Horace.

la statue qui peu à peu prend vie et chair sous l'extase amoureuse de Pygmalion '. Le bas-relief tourne au tableau, la statue devient polychrome, la gravure aspire aux effets dégradés ou contrastés de la peinture. Pourtant chaque art (( s'appauvrit par ses larcins » ; il n'est riche de ressources qu'à (( présenter un seul des aspects du modèle universel^».

Dans les limites même de chaque art les novateurs cherchent la vérité par la copie servile de la nature \ La musique prétend rendre, par la polychromie instrumentale, la complexité des bruits réels, le peintre reproduit comme en un miroir même les défectuosités de l'individu ; il s'attache à ce qui est (( vulgaire dans la nature, ignoble dans la société '" )). L'art n'est plus qu'une « empreinte, un fac-similé, un calque » ; mais il se diminue lui-même par sa présomption, car l'illusion absolue est impossible ; la nature vaudra toujours mieux que son image, puisqu'elle est la vérité et la vie. Le peintre qui veut ainsi atteindre la nature annihile l'art, (( comme l'enfant, qui, pour atteindre dans un miroir sa propre apparence, le brise ».

Au lieu de ces « singeries vulgaires », de ces « larcins grossiers ^ », observons les conventions qui laissent le spectateur agent volontaire de son propre plaisir, et très conscient, non pas dupe, de son illusion. J'aime à avoir, par telle statue, l'illusion delà mollesse de la chair et de la réalité du mouvement, mais mon œil sait bien qu'elle n'est que

1. Selon Qiiatremcre, plus excusable est Girodet, qui est peintre. Mais il est sévère à J.-J. Rousseau qui a mis au théâtre « ce fait borné, simple matière de monologue, sans mouvement, ni intérêt, ni véritable péripétie » (jd., p. 75).

2. Id., p. io3. Non seulement Quatremère proscrit les décors trop exacts auxquels le théâtre peut demander un surcroît d'illusion, mais il ne veut pas d'un paysage réel au fond de la scène, comme au théâtre de Lisbonne (dit-il), au lieu d'un décor d'imitation. Par entêtement de doctrinaire l'anliquomane va donc jusqu'à condamner la disposition du théâtre grec (p. 107).

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