‹ L'esthétique classique chez Quatremère de QuincyChapitre 43 sur 163 · L'Imitation, p · texte numérisé non relu

L'Imitation, p

2. Voir J, Guiffrey et P. Marcel, Inventaire çjénéral des dessins du Louvre et de Versailles, t. IV, 1909.

3. De Girodet voir L'£'néiV/e ci les Géorgiqiies, suite de compositions dessinées au trait, et Hthographiées. Paris, 1825-1827, et Les Amours des dieux, id. Paris, Engelmann, 1826.

intéressant qu'en tant qu'il exprime un état de celle-ci, un caractère, un sentiment, une passion ; et c'est parce que Quatremère perçoit dans le romantisme le parti pris de régénérer l'art en l'enrichissant de sensations par le contact perpétuel avec le monde extérieur, qu'il y voit un crime de lèse-humanité. Les philosophes qu'il a lus, Kant, Fichte, Schelling, dont la doctrine idéaliste s'est insinuée dans l'esthétique française de 1780 à 1800, ne sont pas pour le ramener à l'attention de 1' « objet ». Si notre esprit détermine l'aspect des choses et par conséquent leur beauté, l'art n'est que la traduction plastique de cette activité. Le spiritualisme officiel de Quatremère répond à l'esprit religieux de la Restauration ; c'est celui de l'Eglise, non de saint François d'Assise, ni de nos imagiers ou miniaturistes du Moyen Age : ni les êtres « inférieurs » ni les choses n'y sont aimés pour eux-mêmes, ils n'apparaissent que pour encadrer le « roi de la création » ; et l'art n'est que pour le glorifier \ Mais l'imitation même de l'homme se prête à qui veut faire le jeu des sens. Le portrait est le danger, car il s'attache à la nature « individuelle », particularisée, et dans un « esprit d'identité » qui accueille les menus accidents de la physionomie comme une bonne fortune. Faire reconnaitre un individu dans son image ! Amener les autres à s'écrier : « c'est lui-même! » Satisfaction bornée, faite pour les incultes; œuvre d'industrie. L'homme d'esprit lui dira : (( copie, que me veux-tu P' » Ici encore le peintre d'histoire est seul capable de relever ce genre empirique; Gérard sait peindre l'Idée dont le modèle n'est que l'expression : le portrait de Madame

1. En 18 16, Gros ayant fait à l'Académie des Beaux-Arts un rapport clogieux sur les modèles anatomiqucs et moulages d'animaux, par Brunot, modèles qu'il demandait pour l'Ecole des Beaux-Arts comme très précieux au peintre d'histoire et au paysagiste, Quatremère, tout en donnant son adhésion, a soin de rappeler que (( 1 étude de l'homme est, sans aucun doute, la plus importante » (IKolice des travaux de l'Académie depuis octobre i8i5, dans le Moniteur du 12 oct. i8i6).

2. L'Imitât., ip. 166-171. a II est remarquable qu'avant l'époque de Lysistrate, époque correspondante à celle d'Alexandre, même les portraits étaient exécutés dans le système idéal, qui tend à faire paraître les personnes plus belles qu'elles ne sont » en ne prenant que les traits généraux {L'Idéal, p. i\S).

/5o LA DOCTRINE OU PHILOSOPHIE DE l'aRT

de Staël, c'est le Génie improvisateur, Mme Récamier c'est l'Angélique nature sous de belles formes, Talleyrand c'est la D i p lo matie * . Quatremère , platonicien , entraîné par la logique de son système, ne veut pas voir que la même idée ou le môme sentiment s'incarne de manière distincte en plusieurs individus : saisir ces modes particuliers d'une façon générale d'être, de vivre, de sentir ou de penser, c'est précisément la difficulté de l'art du portrait et sa gloire. Il n'aperçoit pas que l'abondance même et la précision des détails, bien choisis, ajoutent au caractère, chez Holbein par exemple : il ne le reconnaît que dans l'exécution large, même sommaire. Synthétiste éperdu, toujours en quête d'élimination, il n'aime pas cet art d'analyse psychologique, par cela même cher au génie français depuis nos miniaturistes et imagiers du xiv*" siècle jusqu'à Houdon et La Tour. Quant aux innombrables portraits de l'Empire, dont les critiques et historiens euxmêmes déplorent l'excès ^ il n'y voit que la vanité endémique d'une société de parvenus.

Nous serons aussi sévères à la peinture militaire, qui se plaît à représenter les lieux, les circonstances, les uniformes, avec une exactitude d'autant plus appliquée, qu'elle passe ici pour la probité historique. Gomme s'ily avait une histoire moderne, ou comme si les temps modernes étaient matière à histoire ! C'est ainsi que sous l'Empire « la peinture se vit contrainte, comme par un enrôlement forcé, de promener ses pinceaux à la suite des armées, de se traîner sur tous les champs de bataille, de parcourir les bivouacs et les camps, de suivre enfin la Victoire depuis les cataractes du Nil jusqu'aux embouchures de l'Oder... L'aspect de nos expositions de tableaux ne ressemblait pas mal à celui d'un camp ou d'une revue générale^ ». C'est ce régime qui a gâté Gros

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