‹ L'esthétique classique chez Quatremère de QuincyChapitre 49 sur 163 · Id., p · texte numérisé non relu

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46 LA DOCTRINE OU PHILOSOPHIE DE l'aRT

Chaos se débrouille, montre un simple geste du Créateur ^ Le Déluge, du Poussin, se concentre en deux épisodes, dont la valeur expressive est exaltée. L'effet physique de la scène est échangé contre l'impression morale, et le laconisme des formes renforce le sens. — S'agit-il de l'imitation du corps humain^ ^ Elaguons les parties de détail, c'est-à-dire les accidents causés par les hasards de la naissance ou l'usure de la vie, plis de la peau, saillie des veines et des tendons ; Fart de Durer et de Dernier de Nuremberg n'est qu'une myopie, c'est-à-dire une maladie. L'art doit s'attacher aux traits principaux et énergiques ; or, ces traits sont ceux qui marquent les (( rapports généraux » des parties, leur unanimité vers le plan d'ensemble, les harmonies oii la j)ensée de r (( Ouvrier » tendait à se réaliser. Nous saurons la retrouver : il faut que dans la figure représentée par l'artiste on perçoive un desideratum, un regret. Parce que la pureté du type abstrait appartient à l'au delà, l'art est à la fois une réminiscence et une nostalgie^.

C'est dire qu'il n'atteindra à l'idéal ni par le choix, même le plus rigoureux, d'un modèle unique, ni par la réunion des beautés éparses en plusieurs modèles : double hérésie qu'Em. David chercha à nous imposer d'après l'exemple mal compris de Zeuxis chez les belles filles de Crotone*, et d'autres selon l'exemple de Raphaël : celui-ci avoue que pour peindre sa Galatée, il lui faudrait faire choix d'une belle romaine, donc en voir plusieurs, et regrette que Castiglione ne soit pas là pour l'aider à choisir celle qui conviendrait le mieux \ La doctrine ne saurait admettre l'imitation

2. « Le vrai style d'imitation est celui qui généralise la forme et la proportion du corps humain, et par la vertu duquel l'ensemble se trouve ramené de l'existence particulière d'individu à l'existence abstraite d'espèce et de genre » (id., p. 298).

3. Ici., p. 290. — Cf. aussi, pour la théorie du « type fondamental », Vidéal, éd. 1887, p. 194-195.

4. L'Imitation, p. 3oi-3io. — L'Idéal, p. 65-66. La nature choisie ou le choix des beautés éparses était, selon Em. David, tout le secret de l'art grec (^L'Art statuaire^. C'est un naturalisme circonspect, mais un naturalisme.

5. Bottari, Leltere pittorichc, I, n» 02, p. 116. Mais Raphaël, qui a fréquenté

SON ÉLABORATION /j'y

d'un modèle individuel, même très beau. L'humanité s'accorde à chercher chez la femme et l'éphèbe les formes les plus belles. Mais d'abord, (( la femme a beaucoup de petits agréments qui ne résistent pas à la critique... Un portrait fidèle de belle femme est loin d'être toujours une belle œuvre d'art. )) Et puis, « un beau et vrai portrail ne sera jamais le portrait du beau ». Du reste, choisir entre plusieurs modèles c'est comparer. Mais d'après quoi se font comparaison et choix, sinon d'après un « type mental », un exemplaire purement conçu, qui résume la perfection du corps humain en vue de sa fonction ? Imitera-t-on avec choix un même modèle .^^ Le même problème se pose encore \

Quant à l'imitation des beautés éparses entre plusieurs individus pour les réunir et composer une image qui sera parfaite, la théorie est insidieuse. Cet art, réaliste en son point de départ qui est l'analyse du réel, serait, quoi qu'il fasse, idéaliste par le choix, qui est une opération de l'esprit, et par la synthèse finale. Il se recommande de l'autorité de Zeuxis et de Winckelmann. Mais Quatremère repousse ce réalisme mitigé ou plutôt honteux. Le choix des plus belles parties des plus beaux individus suppose encore le modèle intérieur auquel notre esprit confronte le réel. La conception du type général est antérieure aux données de l'expérience, et la généralisation dans le travail artistique n est qu'une méthode pour en approcher".

Le second moyen de l'imitation idéale, c'est la transposition ou métaphore, qui change les apparences du monde réel. Les sujets modernes dont on est engoué aujourd'hui y font obstacle, parce qu'ils imposent la copie au lieu de favoriser la création^ ; mais l'éloignemeutdans le temps et dans l'espace,

les platoniciens de Florence et de Rome, ajoute que comme il y a peu de bons juges et de beaux modèles, il « travaille d'après une certaine idée qu'j7 a dans l'esprit ».

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