Histoire du Romantisme, éd. 1901, p. 2o5, et passim
peinture, ou qui veut trop dire, trop faire entendre, ou inquiète et agitée. L'art de Delacroix doit en partie sa véhémence au souci de décomposer l'action, comme fait le récit poétique \
Les classiques même, comme Girodet, s'efforcent de fixer des scènes qui ne relèvent que du récit ou de la littérature dramatique parce que Tintérêt en est dans la succession des instants, dans l'incessant devenir. Guéiin conçoit au théâtre ses tableaux, sa « Clytemnestre », sa a Phèdre et Hippolyte )), son « Andromaque et Pyrrhus » ; mais c'est précisément pour avoir voulu rivaliser avec l'action scénique ellemême, que le mouvement, l'attitude, le geste y paraissent forcés. Girodet, féru de poésie, écrit pour être lues en séance publique de l'Académie des Considérations sur le génie dans la Peinlare et dans la Poésie^, oii il les confond : aussi peintil la statue s'animant peu à peu sous l'amour de Pygmalion ( i8i 9) : folle présomption, que Bourdet recommencera en i83/l. Il y a, dans ce fait légendaire, un fieri insensible que nul ai t ne peut traduire.
Girodet illustre aussi Racine, Anacréon, Sapho. Ici précisément se révèle toute la gravité du mal : à commenter pas à pas le texte du poète ou du narrateur l'art n'est plus que lillustration ; ne pouvant tout dire en une fois, la peinture se multiplie et rapetisse en vignettes successives \ Jamais l'illustration n'avait connu pareil succès avant l'Empire. Si Girodet illustre les classiques, Delacroix illustre Hamlet et Faust: Gœthe fait l'éloge de ces dernières lithographies. C'est l universel empiétement du récit dans le dessin et la peinture ; «usurpation, mélange, adultère » si propices aux romantiques, que l'illustration devient le champ d'exercices où ils font leurs premières armes et celui où les triompha-
1. Contre les atrocités de la Locuste de Sigalon les classiques protestorcnt : Racine avait conte la scène, il ne fallait [las la peindre (Cli. Blanc, liist. des Peintres, t. Itl),