I. Jal, Salon de 1827, p
En doctrine classique, dès lors que la tradition est sacrée, originalité absolue est hérésie. Quatremère ne revendique pour son esthétique que la seule et bonne originalité, celle qui consiste à repenser et ordonner d'une façon personnelle, conforme au progrès non des idées mais des systèmes, et aux circonstances, les vérités que les prédécesseurs ont établies. Le reste n'est, au pire sens du radical latin, que (( nouveauté » ou (( inno vation ' » .
Comme cette esthétique est, en i8i5-i83o, c'est-à-dire en présence du romantisme, la dernière phase du classicisme traditionnel, longue et difficile serait la recherche de ses origines complexes. Mais il est une enquête plus limitée, plus précise : c'est celle qui ne se propose de rechercher que les autorités dont Quatremère se réclame lui-même. Classique, c'est-à-dire hostile au sens personnel déréglé, et pénétré du sentiment de la discipline, il cite ; car la parole des maîtres est évangile. D'autre part le catalogue de sa bibliothèque ^ nous révèle les lectures de fond oii se nourrissait sa pensée. Son originalité dans l'emprunt, ou plutôt dans la réminiscence, apparaît évidente ; original à l'égard des esthéticiens qui l'ont précédé, il a une façon bien à lui de l'être à l'égard des romantiques qu'il combat : c'est de faire comme eux. Il prend quelques-unes de ses plus imposantes autorités
^^ i. Cf. ci-dessus, p. 27 et 28, les discours de 1828 et de 1829 sur la Nature
^Hxfe l'Originalité et sur VInvention.
^H 2. Catalogue de la bibliothèque de feu Quatremère de Quincy (Paris, i85o),
t6 la doctrine ou philosophie de l art
dans l'époque et dans la nation où ils se piquent de prendre les leurs. Moderne et germanisant, c'est répondre du tac au tac à ceux qui condamnent l'antique comme défunt et l'ultramontain comme suspect.
Ce n'est pas qu'il néglige les anciens. Il est nourri de la substance de Platon, dont il possède dans sa bibliothèque la version latine de Marsile Ficin (iBgo) et les traductions françaises de Dacier et Grou (1771 ^). Son influence lui revient par l'intermédiaire de Gicéron, comme l'influence de l'hellénisme parvient altérée à l'art français de 1800-1818 par les œuvres gréco-romaines : le fameux passage du Bratus^ sur Phidias, créant son Jupiter olympien ou sa Minerve d'après un type de beauté intérieurement conçu, a plus fait pour le triomphe de l'idéalisme platonicien dans notre art classique de l'Empire que Platon lui-même avec la République \ le Phèdre et le Banquet. Elle lui revient encore par les néoplatoniciens comme Proclus, dont il possède l'œuvre commentée par V. Gousin'^. Yi' Histoire de VArt de Winckelmann, traduite en 1766, en 1781, en 1798-1803, acclimate définitivement le platonisme en France : il devient endémique \ Dans son voyage en Italie de 1776 a 1779, Quatremère a connu Mengs et sa Philosophie platonicienne, que son art commente de si près ^ L'Institut patronne Platon :