‹ L'esthétique classique chez Quatremère de QuincyChapitre 87 sur 163 · Archives Littéraires, 1806, t. X · texte numérisé non relu

Archives Littéraires, 1806, t. X

8. Cf. la Préface du Jupit. Olymp., la cinquième Lettre à Canova sur les marbres d'Elgin.

son traité « de la capacité de sentir le beau dans les ouvrages de l'art » (1763) est son seul ouvrage spéculatif; son esthétique n'est que le résultat de l'étude de l'art antique en son évolution, et surtout en sa perfection, qui est l'art grec en Grèce du v^ au ni^ siècle \ Quatremère, qui a l'ivresse de l'abstrait, juge les artistes et les œuvres du haut de l'esthétique : elle est logiquement antérieure à l'histoire puisque ses principes éternels dominent l'expérience; c'est une (( métaphysique )).

Mais cette métaphysique surveille de près l'art contemporain pour le diriger ou le combattre. Winckelmann, sauf de rares échappées vers son temps, borne sa vue à l'art antique ^ Ici même, on l'a vu, Quatremère dénonce avec une précision complaisante ses lacunes et ses erreurs : mort en 1768, le familier du cardinal Albani s'est contenté, pour établir l'histoire de l'art antique, d'ajouter les découvertes d'Herculanum, surtout à partir de 1765, à celles des papes de la Renaissance : c'était trop peu, pour être venu trop tôt. C'est à Rome et à Naples, c'est-à-dire au romain et au gréco-romain, et le plus souvent à des répliques de répliques, qu'il demanda tout le secret de l'art grec. Quatremère, qui arrive à Rome huit ans après le départ de Winckelmann, au temps des fouilles de Pie ¥1(1775-1795), corrige l'archéologue déjà archaique par la méthode de Heyne\ qui est de remonter aux sources, par la leçon des frontons d'Egine, des marbres d'Elgin et de la Vénus de Milo : voilà enfin l'art grec, l'hellénisme, autrement spontané et vivant que l'Apollon. Du reste, pour discerner avec finesse la qualité ou les défauts des œuvres, pour apprécier la valeur du travail, il manquait à l'archéologue allemand d'être un

1. « L'objet d'une histoire raisonnéc de l'art est de remonter jusqu'à son origine, d'en suivre les progrès jusqu'à sa perfection, d'en marquer la décadence jusqu'à son extinction « (Préface, trad. Jansen, p. xii).

2. A vrai dire, pour Winckelmann, l'art disparaît après le règne de Constantin (Liv. VI, chap. VIII, par. 19). — Voir quelques jugements sur Michel-Ange, Raphaël, Corrège, Bernin, les Carrache, l'Algarde,.. (Liv. IV, chap. vi), et sur les esthéticiens du xviii^ siècle comme de Piles, Watelet(id., chap. 11).

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