Art. Heyne (Biogr. univers., t. XX
go LA DOCTRINE OU PHILOSOPHIE DE L ART
artiste : Quatremère a appris chez Guillaume Coustou, près de Julien et de Dejoux, et pratiqué toute sa vie, l'art de Phidias.
C'est même parce qu'il n'est pas artiste que Winckelmann est exclusivement antiquomane. Quatremère demande au xvi" siècle, à Raphaël, d'adapter au monde moderne la beauté antique. Parce qu'il était obsédé par le prestige de celle-ci, Winckelmann a imposé à la peinture les lois de la statuaire. Quatremère, qui s'est plaint sans citer David de la rigidité du dessin sous l'Empire, corrige Winckelmann par Lessing : chaque art a son domaine distinct d'ori il ne peut sortir sans perdre en partie sa puissance de beauté. Dans l'application, il corrigera David, qui est sculpteur en peinture, par Ganova, qui amollit parfois la ligne comme s'il sculptait au pinceau.
Artiste, praticien, ce que n'était point Winckelmann, il s'abandonne parfois, trop rarement, à son instinct, ne propose nulle part un canon des proportions \ est un peu moins exigeant que l'esthéticien allemand sur la beauté, que d'ailleurs il ne réduit pas à l'indétermination absolue ^ surtout dans les portraits. Compatriote et en quelque mesure contemporain de Pigalle, de Houdon, de David lui-même, qui peint des portraits si probes, portraitiste lui-aussi à ses heures ^ il résiste un peu aux entraînements du système et ne se dérobe pas toujours à l'influence du vieux naturalisme français. Il est pourtant un point sur lequel il dépasse Winckelmann : les causes de la perfection de l'art grec. Convaincu que la plus importante est la conception d'un modèle parfait purement intelligible^, il a dû rencontrer avec horreur chez Winckelmann le blasphème que répéteront plus tard Emeric David et le statuaire J.-B Giraud, que la Niobé, l'Apollon, la Vénus de Médicis, sont des portraits de courtisanes ou de beaux jeunes gens^ et que la beauté idéale, « formée de
1. Cf. au contraire chez Winckelmann, Hist. de l'A., liv. IV, cliap. m, par. 32-39.