RE
O Thor-heit… O Thô-rich-ter.… 1
Les motifs de la douleur, de la misère, se rangent dans la même catégorie des motifs dissonants. Ils s'élèvent comme des cris de plainte et ressemblent aux appels d’une bouche désespérée. De vastes intervalles discordants bouleversent la mélodie, le chant se hausse d’un coup jusqu’à des notes stridentes, puis retombe comme à la fin d'un sanglot. Quand Bach songe aux «lourdes pierres du péché», qui oppressent l’âme chrétienne, et qu'il faut rejeter, le thème qu'il compose paraît jaillir directement de ses lèvres, pour dire sa compassion envers ses frères accablés et pour déplorer sa propre souffrance, le supplice de sa conscience inquiète. C’est un gémissement violent, tragiquement vrai. La voix y franchit plus d’une octave, par un déchirant écart de neuvième montante, que la répétition de la note fausse fait plus acerbe encore, et qui s'éteint dans une série descendante de demi-tons.
+ RE a —— — LR RS PE À ——— VAI EE En ab die schweren Sündennee RE Eee stei - ne die schweren Sünden = stei- ne
Cette citation est prise dans la cantate Bereitet die Wege, bereitet die Bahn?, que Ph. Spitta donne comme
1 A et B:B. G. 94 (XXII, p. sir et p. 115). C..B. G. 115 (XXIV, p. 18). 2 BG. 132 (XVIII p.42).
ayant été écrite pour le quatrième dimanche de l’avent (22 décembre) de l’année 17151. Bach met ici en pratique: le conseil donné par les vieux auteurs, au sujet des «intervalles exorbitants», dont ils approuvent l'emploi dans les passages dramatiques?. Reinhard Keiser note une pareille clameur de détresse dans la Passion, pour invoquer la pitié,
Er-bar-me dich 3
Dans l'air de soprano de la cantate Herr, gehe nicht ins Gericht, qui appartient à la série des cantates écrites de 1723 à 1727, se trouve encore une exclamation semblable sur ces mots: «C'est ainsi qu’une conscience pleine d’angoisses est déchirée par sa propre torture ».
so. wird ein ge - ängs-tigt Ge-wis-sen £
Spitta voit dans cette phrase un souvenir de la Passion composée par Händel, sur le texte de Barthold Heinrich Brockes, vers 1716. En regard du passage écrit par Bach, il donne les mesures suivantes de Händel:
D be» a — ee pare EE = — is
at dass die Straf’ schon kei-met 5
Le même motif paraît aussi lorsque Bach veut appuyer sur un mot qui contient quelque chose d’excessif. Ainsi,
1 Johann Sebastian Bach (I, 1873, p. 550).
2 Doni observe qu’on exprime parfaitement les plaintes entrecoupées par des intervalles durs et extraordinaires (Della musica scenica, 2° vol. des œuvres complètes, p. 35 du supplément).
3 Cité par Bitter (Béiträge zur Geschichte des Oratoriums, 1872).
4 B. G. 105 (XXII, p. 135).
5 Cité par Ph. Spitta (Johann Sebastian Bach, I, p. 258).
quand il parle d’un «désir ardent» (A), quand il parle d’un fait extraordinaire, comme de la «rupture subite des rochers eux-mêmes» (B).
Ténor dE ee RS es = a Es meiner Seelen brünstiges Ver - langen f . Felsen selbst zerspringen ?
Dans le douloureux et l’horrible, ce motit déchirant prend toute sa vigueur. Ainsi, pour dire la fureur d’Hérode (A) et pour exprimer l’abominable (B).
A Bb PR n der wü-then-de He - ro -des 3 den Greu - - - - el 4
On rencontre fréquemment chez Bach des thèmes issus de ce grand motif de détresse. Des mouvements ascendants de septièmes ou d’autres intervalles dissonants remplacent l'élan de neuvième qui en marquait si rudement le caractère dramatique. Mais la répétition de la note altérée y subsiste. L’âpre motif surgit, toujours reconnaissable, : quand le texte fait allusion aux douleurs de la .vie (A), quand il est dit que «nous devons être crucifiés en notre chair et en notre sang» (B), quand «le fardeau pesant de nos fautes» nous est rappelé (C), quand le chanteur en évoque la pénible rançon (D), lorsqu'il s’écrie: «O mon âme, considère avec une amère jouissance... que ton souverain bien naît des douleurs de Jésus» (E). Il accompagne encore le récit du repentir désespéré de Judas (F).
{ Cantate Mern liebster Jesus ist verloren (B. G. 154, XXXII, p. 64).
* Cantate Leichtgesinnte Flattergeiste (B. G. 181, XXXVIL, p. 0).
# Cantate Ach Gott, wie manches Herzeleid (B. G. 58, XIL2, p. 140).
# Cantate Es reifet euch ein schrecklich Ende (B. G. 90, XX1, p. 2r1). Voyez aussi le récitatif de ténor de la cantate Es ist nichts Gesundes an meinem Leibe B. G. 25), La même rude exclamation figure dans un exemple cité par Heinichen; eile est jointe aux premières syllabes du mot T'iranno (Neu erfundene und gründliche Anweisung [für den Generalbass], 1711, p. 187).
FORMATION DES MOTIFS 6x
Re SE —— PR
Mein Le-ben ist des Unglücks Ziel, Jam-mer und Ver- druss !
À Ténor
B b APE C ne Se, a — RS PRET RERO à CARD EE
zum Kreuz ge-zwungen sein ? die schwere Last der Sün-den...®
D Alto