‹ L'Esthétique de Jean-Sébastien BachChapitre 27 sur 94 · SCHÜTZ BACH · texte numérisé non relu

SCHÜTZ BACH

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Stim-m hôrt ihr Vôl - ker, Got-tes Stim-me.

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Parfois au contraire, ce n’est pas le chant de la basse d'accompagnement, mais son silence, qui devient significatif. J'ai déjà signalé ce passage de la cantate Brich dem Hungrigen dein Brod, où l'orchestre et les voix se taisant, la basse du chœur, dégagée même des harmonies de l'orgue, articule ces paroles: «Si tu vois quelqu'un qui est nu», avant que tous ne reprennent à ces mots: « Donne-lui des vêtements »'. Bach interrompt de même la basse continue, pour laisser déclamer au ténor le mot boss (nu), à découvert, éloigné même, par des soupirs, des notes qui précèdent, pour que l’indigence en soit plus manifeste?. Il se sert d'une semblable image pour interpréter, dans la cantate Bringet dem Herrn Ehre seines Namens, les paroles par lesquelles débute l'air d’alto: «La bouche et le cœur sont ouverts devant toi »®.

Il traduit par le même moyen l’idée de solitude, dans l'air de basse de la cantate Ziebster Immanuel, Herzog der Frommen *

Si, après avoir étudié ces ressources qui ont surtout une valeur de combinaison, nous examinons le caractère

BG 130 (VIT pe 3107.

? Cantate Meine Seel erhebt den Herren B. G. 10 (I p. 206).

3 B. G. 145 (XXX p. 256).

# B. G. 123 (XXVI p. 58). Voyez aussi l’air de basse de Goft fähret auf (B. G. 43).

même des motifs, dans l'accompagnement, nous y retrouvons, guidés par des analogies évidentes, les diverses catégories de thèmes significatifs que nous avons déjà établies. Mais nous les voyons amplifiés, ces thèmes que les voix avaient peine à énoncer, dès qu’ils étaient formés de vastes intervalles, compliqués de relations fausses, prolongés au-delà du souffle médiocre des chanteurs. Ils prennent maintenant toutes les audaces, escaladent, d’un bond: des octaves entières, dévalent ou surgissent avec emportement, s’étirent en guirlandes infinies, tourbillonnent, se hérissent, ardus et farouches, sans perdre pied, sans reprendre haleine, car ils respirent avec l’orgue, fuient sous l’archet des violons agiles, et entrechoquent leurs dissonances dans le tumulte précis des trompettes et dans les cris des hautbois aigres. Au travers de l’immense forêt sonore où il prophétise, Bach les déchaîne à son gré, ces motifs qui portent le message de ses oracles, dont la voix humaine trahit parfois la teneur implacable. Maître de cette richesse quasi illimitée de coloris et d'expression, il est d'autant plus libre d’obéir à son imagination, et d’être entièrement lui-même. On ne peut nulle part mieux apprendre à le connaître que dans ses gloses instrumentales dont la profondeur, la souplesse et la violence retentissent, plus distinctement, plus exclusivement que partout ailleurs, à l’écho de son esprit.

En passant de la voix aux instruments, tous les motifs typiques de Bach augmentent de relief, comme pour compenser, par plus d'intensité, ce qu’ils perdent de leur signification immédiate, en s’écartant de la parole. Les grands thèmes consonnants dont nous avons reconnu la destination joyeuse ou consolatrice s'étendent largement. L’accompagnement de l’air de ténor, dans la seconde partie de la cantate Ich hatte. viel Bekümmerniss, comprend d’amples arpèges montants de l'accord parfait majeur, auxquels se mélent, sans en troubler l’allégresse, en la renouvelant plutôt, des arpèges où s'affirme par deux fois l'impression de septième dominante. Cette alternance est d’ailleurs expliquée par le texte: «Réjouis-toi, mon âme, réjouis toi mon cœur; disparaissez maintenant, chagrin et douleur »f.

1B; G: 21 (Vi, p. 46).

Dans la cantate Sieke, ich will viel Fischer aussenden, spricht der Herr, la basse continue se déploie dans une paix magnifique, à ces mots de Jésus à Simon: «Ne crains pas» (A). Au début de la cantate Jauchzet Gott in allen Landen (B) et dans le duo d’alto et de ténor de la cantate Gottlob! nun geht das Jahr zu Ende (C) paraissent encore ces arpèges rayonnants.

Moins épanouis, ces arpèges limpides nous parlent de satisfaction, s’accordent aux textes qui célèbrent la quiétude dés cœurs purifiés et bénis. Dans la cantate Sex, Herr, mich armen Sünder, la basse exprime, par sa longue sérénité, que l’âmé implorante trouve déjà dans sa prière un réconfort. Tandis que le ténor supplie Jésus de consoler son âme, le confinuo déroule une lente mélodie qui répète, avec un charme lénifiant, des intervalles simples, d’une monotonie qui berce.

1 B. G. 88 (XX 1, p. 170).

2 B. G. (XI ?, p. 3). Le même motif se rencontre encore dans l'introduction de Pair de la cantate Halt im Gedächtniss Jesum-Christ qui commence par ces paroles: «La paix soit avec vous». (B. G. 67, XVI p. 234). On le retrouve : aussi dans lé cours de l'air de basse de la cantate Erfreut euch, ihr Herzen, à ces mots: «Jésus paraît pour nous donner la paix». Remarquons que l’orchestre l’énonce déjà à la fin du récitatif précédent (B. G. 66, XVI p. 188 et p. 196).

BAG 128"(V45p.2268).

| Trü-ste mir, Je - su, mein Ge-mü - the !

Un accompagnement analogue figure dans le duo de soprano et d’alto de la cantate Æywünschtes Freudenlicht, qui invite les chrétiens, «troupeau bienheureux» de Jésus, à lui témoigner leur reconnaissance.

4 Ge-seg-ne-te Christen, glück-se-li-ge Heerde, kommt stellt euch bei Je-su ? D Ps et ar - = For Pop D que” nl

Dans le Werhnachts-Oratorium, de semblables arpèges sont joués à la basse continue, à la fin du récitatif qui précède la célèbre berceuse empruntée à la cantate profane Hercules auf dem Scheidewege. Les paroles du récitant sont celles-ci: «Chantez-lui, près de son berceau, sur un ton très doux, cette chanson pour l’endormir »à.

Ces thèmes clairs résonnent en fanfares, pour la venue du «héros des héros», à la basse et aux violons, dans la cantate Goft fähret auf mit Jauchzen (A), ils exultent, dans l'air de ténor avec trompette de la cantate /hr werdef weinen und heulen, à ces paroles: «Remettez-vous, voix troublées » (B), bondissent dans l’air de ténor avec flûte de la cantate

1 B. G. 135 (XX VIII, p. 129).

2 B. G. 184 (XXXVII, p. 82).

8 B. G. V2, p. 67) On peut citer encore ici une persistante formule d’accompagnement delà trompette, dans la cantate Preise, Jerusalem, den Herrn (B: G. 119, XXIV, p. 227), au commencement du chœur: «Le Seigneur nous a fait du bien, nous nousen réjouissons tous », Ici, comme dans les exemples précédents, Bach emploie d’une manière significative les accompagnements en accords brisés dont l’usage devait devenir si banal au dix-huitième siècle, sous le nom de basse d’Alberti.

Schmücke dich, o liebe Seele (C), où le chanteur s’écrie : «Éveille-toi, éveille-toi, ton sauveur frappe, ouvre vite, ouvre les portes de ton cœur».

Les élans d’octave de la basse continue, comme dans ces derniers exemples, ajoutent souvent, aux descriptions de la joie exultante, une sorte de rude gaieté, brusque, un peu lourde, qui fait penser à la danse d’un hoplite en belle humeur. Il y a, dans ces soubresauts, une surabondance de vigueur, un excès d'expansion, quelque chose de populaire, qu’on subit et qui entraîne. L'usage en est fréquent, dans les grands chœurs, où ces motifs violents semblent stimuler l’orchestre et les voix, et dans les airs de jubilation. Nous en pouvons citer dans le premier chœur de la cantate Freue dich, erlüste Schaar* et dans la cantate Lobet Gott in seinen Reichen5. Les mêmes balancements de la basse ponctuent les temps dans les chœurs de début des cantates Auf Chrish Himmelfahrt alleinÿ, Gelobet sei der

1 B. G. 43 (X, p. rr4).

? B. G. 103 (XXIII, p. 8o).

8 B. G. 180 (XXXV, p. 306). Citons encore les arpèges à la basse continue dans l’air. de basse de la cantate Unser Mund sei voll Lachens. (B. G. 110, XXIII, p. 317). Cet air commence ainsi : «Éveillez-vous», etc.

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