‹ L'Esthétique de Jean-Sébastien BachChapitre 37 sur 94 · B Ge 1132 (XXVIILEp · texte numérisé non relu

B Ge 1132 (XXVIILEp

5 B. G. XII, p. 06.

# Mattheson le recommande, pour la netteté du son dans les passages vifs (op. cit., p. 285).

5 B. G. 163 (XXXIII, p. 54). Le violon exécute des passages analogues, dans l'air de basse de la Matthäus-Passion, où les paroles font allusion à l’argent que Judas rejeta dans le temple (B. G. IV, p. 177)

L'usage du violoncelle est, pour ainsi dire, plus moderne, dans l'air d’alto de la cantate Wachet, betet. I] y déploie de longs traits unis et tristes, où s’épanche la mélancolie de l’âme retenue en ce monde, comme les Israélites dans la terre d'Egyptef. Dans l’air de ténor de la cantate /esu, nun sei gepreiset?, le violoncello piccolo environne la voix de draperies harmonieuses. Le même instrument, diminutif du violoncelle ordinaire, répand une lumière pénétrante dans l’accompagnement du choral chanté par le soprano, dans la cantate Bleib” bei uns*. Il a plus d’ampleur dans l’air de ténor de la cantate Sie werden euch in den Bann thun (deuxième composition) 5.

Dans l'air de soprano de la cantate Æ/so hat Gott die Wel geliebt$, et dans l'air de soprano de la cantate /ck geh und suche mit VerlangenT, il semble que Bach ait voulu tirer parti de la sonorité claire et un peu mordante du violoncello piccolo, pour donner à l’orchestration une saveur particulière, où l’on goûte l’âpreté délicieuse d’un fruit printanier. Cette même verdeur, la verdeur suave d’une voix jeune, fait le charme des simples vocalises que le wio/oncello piccolo fredonne, comme un chant de berger, dans l’air de ténor de la cantate ÆYr rufet seinen Schafen mit Namen: «Il me semble que je te vois venir... tu dois être le vrai pasteur, je reconnais ta voix ravissante, pleine d'amour et de douceur»8. Le violoncello piccolo figure aussi dans le choral varié de la cantate Schmücke dich, o liebe Seele?, où le poète exprime les désirs de l’âme avide de prendre part au «banquet sacré» et de s’unir avec Dieu.

Si nous considérons maintenant le plus grave des

G. 70 (XVI, p. 345).

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était accordé à l’octave grave du violon, HO (SC p-v168):

183 (XXXVII, p. 62).

. 68 (XVI, p. 258).

. 175 (XXXV, p. 166).

180 (XXXV, p. 311).

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instruments à éordes, le vzo/one!, nous voyons aussi que Bach a souvent été guidé, dans l’usage qu’il en a fait, par la volonté de le rendre significatif. Il y trouve d’abord, pour l'orchestre et pour le chœur, le même appui que dans les basses de l’orgue, dont il aimait la fermeté profonde qui, dit-il lui-même, «donne à tout l’ensemble la meilleure gravité»? La solidité bien assise du concert en dépend: Aussi n'est-ce jamais sans intention qu'il se prive de cette base massive sur laquelle il édifie d'habitude. Veut1l exprimer une idée d’instabilité, il en diminue la sonorité puissante et égale. Dans la cantate AVein zu dir, Herr Jesu Christ, l'air où l’alto parle de sa détresse chancelante est accompagné d’arpèges à la basse continue, et pour que ce piédestal mouvant paraisse moins résistant encore, le violone joue pizzicato, et l’orgue sfaccatoÿ. Même ce médiocre soutien disparaît dans l’air de soprano de la cantate Æerr, gehe micht ins Gericht, et l’alto seul y fait la basse*. L’alto et le violon suffisent de même, dans l'air de la cantate Vervnügte Ruk, et ils associent des motifs entrecoupés à la voix qui se lamente ?.

Dans d’autres cas, le compositeur laisse de côté la lourde basse, pour que le coloris de la composition s’éclaircisse. Ainsi, dans la cantate Æs ss ein trotzig und verzagt Ding, il fait jouer la partie de basse par Palto, quand le soprano demande que l'éclat du jour se voile. De cette manière, la première phrase du chant est accompagnée d’un orchestre lumineux, qui bientôt s’assombrira, puis rayonnera de nouveauf. L’air de soprano de la cantate Lobet (xott in seinen ReichenT, est d’une transparence merveilleuse, dans accord cristallin des flûtes et des hautbois que, seuls, les

1 Le violone avait généralement six cordes, le contre-sol, l’ut, le fa, le la le ré, le sol (Daniel Speer, Grundrichtiger …. Unterricht der musicalischen Kunst, 1607, p. 206). Le Violone grosso descendait jusqu’à l’octave grave du contre-ut.

3 Spitta, J.:S. Bach, I, p. 352.

SD G2#23 VAT p.108),

# B. G. 105 (XXII, p. 131). Voyez aussi à la page 169 de cette étude.

5 B, G. 170 (XXXIIL, p. 204).

6 B. G. 176 (XXXV, p. 180).

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altos et les violons réunis soutiennent, tandis que la voix chante: «Jésus, je peux voir constamment les lueurs de ta grâce». L'air d’alto de la cantate Schauet doch und sehet, n'a pas d'autre basse que les oboz da caccia, qui exécutent, à l’unisson, une mélodie aux motifs simples et aux fioritures naïves, qui se poursuit, uniforme, comme une improvisation de berger. Le texte dit: «Jésus veut pourtant, même dans la punition, rester le soutien des âmes pieuses, il les assemble comme ses brebis....»!. Les premiers et les seconds violons, joints à l’alto, et soutenus à l’octave inférieure par le clavecin?, jouent la partie de basse de l'air d’alto de la cantate Mein liebster Jesus ist verloren. L'auteur inconnu des paroles y demande à Jésus de se laisser trouver: «Fais que mes péchés ne deviennent point d’épais nuages, derrière lesquels tu veuilles te cacher.....»3. Les motifs des instruments à cordes se déroulent en larges volutes, et le chant en est quelquefois environné, mais ce brouillard, bien que continu, reste léger.

Ces procédés d’instrumentation sont déjà employés par Keiser qui supprime volontiers la basse grave de l’orchestre pour obtenir des effets d’un pittoresque clair. Citons Pair d'Elmira, dans Croesus: «Ihr stumme Fischey*, et, dans Octavia, l'air: « Webei nicht zu laut»ÿ.

Parfois au contraire, la basse à cordes, bien marquée, et avec toute sa profondeur, fournit à Bach des ressources de sonorité descriptive Quand la basse chante, dans la cantate Vun komm, der Heiden Heiland: «Vois, je me tiens à la porte, et je frappe», le violone fait entendre, senza Parco, des notes détachées qui se répètent, comme des coups frappés au portailf. Dans la cantate Mmm, was dein

2? Il y avait un clavecin à la tribune de l’orgue à l’église Saint-Thomas et à l’église Saint-Nicolas de Leipzig, où Bach faisait exécuter ses cantates, (Spitta J. S. Bach, Il, p. 157). Bach accompagna lui-même sur le clavecin la Trauer- Ode (Spitta, J. S. Bach, 11 p: 447). L'usage de cet instrument à l'église était depuis longtemps accepté. Frescobaldi s’en servait déjà, Buxtehude aussi.

8 B. G. 154 (XXXII, p. 66).

4 Acte II, scène 5.

5 Supplemente à la publication de la Händelgesellschaft.

8 B:G-:61 (XVI, p. 15).

ist, le continuo imite et assombrit le bourdonnement discret du second violon et de l’alto, dans l’air: «Ne murmure pas, ô chrétien». J'ai déjà mentionné des airs ou des récitatifs où l'orchestre frémit tout entier: le vzolone en est alors la voix la plus grondante. Il en est de même quand tous les instruments à cordes jouent en octaves, dans .les airs tumultueux, de grands motifs roulants. J'en ai indiqué déjà quelques-uns. Qu'il me suffise d'y ajouter, ici, les passages violents qui se trouvent dans l’air de ténor de la cantate. Schaw’, lieber Goft?.

Les instruments à vent montrent beaucoup moins de souplesse, de diversité expressive, que les instruments du quatuor à cordes. Dans un solo prolongé, ils ont une monotonie d’accent qui fatigue très vite. Certains compositeurs italiens du commencement du XVIII siècle les tenaient en si médiocre estime qu’ils ne s’en servaient presque jamais. L’opéra Adelaïde de Pietro Torri, qui cependant «durait plus de six heures», n'offrait aucune variété d’instrumentation, écrit un auditeur qui l'avait vu représenter à Munich en janvier 1723. «Les violons n'avaient pas le temps de regarder beaucoup autour d’eux pendant les airs», écrit-il plaisamment. Cette orchestration uniforme n’était modifiée que dans un seul air «que le fameux Schubauer accompagnait sur la flûte traversière»®. Scarlatti avait une telle aversion pour les instruments à vent qu'il ne consentit qu'avec peine à recevoir le flûtiste Quanz. Il jugeait que ces instruments jouaient tous faux#.

Bach est loin de professer le même dédain. Il accepte volontiers les instruments à vent, et il en utilise les ressources

1 B.:G. 144 (XXX, p. 81).

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