B. G. XXV
pièces, pour suppléer aux paroles absentes, les formules significatives que nous avons reconnues dans la musique vocale et dans les accompagnements des cantates. Il décrit, par des dessins persistants, les actions ou les états dont les mots nous font part. Les motifs de rythme égal et de succession claire, se meuvent incessamment pour dépeindre la venue du Sauveur sur la terre!, l’essor des anges descendus des cieux?, l’insaisissable écoulement des jours, qui . « se dissipent comme le brouillard au soleil . .. et s’échappent comme un flot qui ne s’arrête jamais » ?. Le choral qui chante la résurrection du Christ est illustré de motifs ascendants“. Dans le cantique de.Siméon «Je m’en vais en paix et joyeusement», les mélodies du contrepoint s'élèvent, pour symboliser l'ascension de l’âme, et elles sont doucement cadencées, selon le rythme de l’allégresseÿ, si souvent employé par Bachf. Des groupes de notes de valeur différente se présentent aussi dans les chorals qui célèbrent «le jour magnifique » (Pâques)”, la reconnaissance des chrétiens pour Jésus rédempteur®, la louange de Dieu°. C’est encore par une ingénieuse disposition des rythmes que le musicien commente, délicieusement, le choral de Noël : « Voici le jour plein de joie » 10. Il règle sur une basse obstinée, ainsi que dans les chaconnés, les préludes /x dir ist Freude il (en toi
1 Es ist das Heil uns kommen her (B. G. XXV2, p. 54).
2 Vom Himmel kam der Engel Schaar (même vol. p. 10). L’accompagnement, dans le choral Vom Himmel hoch (p. a du même vol.), décrit aussi le vol balancé des anges. Dans une cantate pour la fête de Noël, Johann Kuhnau illustre, par de grands motifs qui semblent planer, le chant du même choral. Les violons, unis, y jouent incessamment, traçant des lignes sonores alternativement descendantes et montantes. (Bibl. de la ville de Leipzig no 119).
8 Ach wie nichtig (B.G. XXV2, p. Go). Voyez la cantate faite sur le même cantique (B. G. 26, V1 p. 191).
# Erstanden ist der heil ge Christ (B. G. XXV?, p. 44).
5 Mit Fried und Freud'ich far’ dahin (B. G. XXV?2, p. 24).
6 Voyez page 100 de cette étude. |
7 Erschienen ist der herrliche Tag (B. G. XXV2, p. 45).
8 Wir danken dir (B. G. XXV?, p. 35).
° Lob sei dem allmächtigen Gott (Ibid, p. 6).
30 Der Tag, der ist so freudenreich (Ibid, p. 8).
H Jbidem, p. 20.
est la joie) et Æeuf triumphiret Gottes Sohn (aujourd'hui triomphe le fils de Dieu).
La figure de rythme que Bach associe fréquemment, dans les cantates, aux paroles qui annoncent l’accablement sous une charge pesante ?, paraît aussi dans les chorals, pour vivifier, par une allusion facilement reconnue, le souvenir des paroles omises. Nous la rencontrons dans le prélude au cantique © Goftes Lamm, unschuldig (agneau de Dieu innocent sacrifié sur le bois de la croix)%. Nicolaus Decius (mort en 1529) écrit, dans le cinquième vers : « Tu as porté tous les péchés ». La pièce d'orgue tout entière est composée sur ce thème, qui, du commencement à la fin, se reflète dans les voix jointes à la mélodie impassible du choral:
J'ai cité, dans un chapitre précédent, un motif analogue, joint au mot agen (porter) dans le premier air de la cantate Ich will den Kreuzstab gerne tragen (B. G. 56)*. Dans les chorals pour orgue, ce rythme significatif est employé encore dans le choral © Mensch, bewein dein Sünde grossÿ, quand Bach expose le fragment du chant qui correspond à ces mots : «Il porta de nos péchés le lourd fardeau »5.
1 B. G. XXV2. p. 46. Mattheson nous rapporte que les organistes jouaient parfois, à la sortie de l’office, une pièce en forme de chacone, tous jeux tirés.
2 Voyez à la page 06.
BAG XXNE NP 28:
4 Voyez à la page 06.
5 B. G. XXV2, p. 33.
6 Observons ici que le méme choral, chanté à quatre voix à la fin de la première partie de la Matthäus-Passion, est accompagné, à l'orchestre, d’un motif continu analogue à ceux que je cite ici (B. G. IV, p. 107).
Les dernières paroles du même choral nous rappellent le supplice de Jésus, attaché «longtemps à la croix». Cette pensée douloureuse ne doit point rester inaperçue : la phrase du cantique est troublée par Bach, et elle devient le motif même de la compassion, ce thème qu’il a si souvent fait gémir, quand il se représente le Christ mourant, ou l'âme désespérée. Mais ici, à la plainte lasse qui fléchit de demiton en demi-ton, se joint, dans la partie de pédale, le motif
chromatique ascendant. Il semble encore nous annoncer la.
rédemption gagnée par la souffrance, car il paraît déjà quelques mesures auparavant, accompagnant le fragment de la mélodie qui correspond au vers où Jésus est désigné comme la victime immolée pour nous.
Les motifs chromatiques expressifs figurent d’ailleurs fréquemment dans les chorals écrits pour l'orgue. Dans l'accompagnememt du 7e Deum allemand (Æerr Gott, dich loben wir), joué per omnes versus, le thème de la douleur passe de voix en voix, quand on en vient à la strophe qui célèbre le rachat des fidèles «par le sang » de Christ, et le désir de l'assistance divine, de la consolation après les épreuves, est exprimé par la suite chromatique ascendante.
! B. G. XL, p. 66. Je rappelle que les paroles qui évoquent le secours de Dieu sont chantées sur le motif chromatique ascendant, dans la Cantate Das ist je gewisslich wahr (B. G. 141, XXX (p.15). Voyez aussi à la page 84 de cette étude. .
(Nun bilf uns, dei-ne Die = = - ner trôst Die du
Ces deux thèmes opposés sont déjà dans la huitième Partita sur le choral © Go, du frommer Gotti. Les vers de Johann Heermann (1585-1647), qui correspondent à ce verset, contiennent une prière. Le poète y demande que la mort de Jésus soit le gage de sa fin bienheureuse : d’où ce mélange des motifs de la Passion et de la Rédemption. Heermann souhaite aussi que Dieu accorde à son corps le repos dans une sépulture chrétienne, et ce vœu est interprété ainsi dans le langage musical de Bach : une note prolongée, précédée de quelques notes répétées, au rythme rude, nous fait penser à la paix sans fin du tombeau, quand la terre est retombée, en frappant, sur le cercueil ?.
À la fin du grand choral Xyrie, Gott haliger Geistÿ, la supplication est traduite par des motifs chromatiques. Dans le choral Das alle Jahr vergangen ist#, ils ravivent le sou-