‹ L'Esthétique de Jean-Sébastien BachChapitre 74 sur 94 · HIVER · texte numérisé non relu

HIVER

que de reconnaître dans la nature extra-humaine une sorte de personnage, associé à la joie et à la douleur des humains »t, On peut citer de nombreuses pages où Bach semble vouloir mettre la nature d'intelligence avec l’homme. Il dépeint avec une étrange subtilité les heures troubles où les fantomes hantent notre imagination, dans le crépuscule de notre activité consciente. Des brumes du soir, il fait surgir une multitude de formes indécises qui se meuvent autour de nous, messagères de prodiges et de mystères. Dans le premier chœur de la cantate B/eib° bei uns?, le murmure insaisissable et obstiné des instruments à cordes assombrit cette œuvre où Bach nous annonce l'angoisse de pèlerins d'Emmäus que la fin du jour inquiète. Au début de la cantate Am Abend aber desselbigen Sabbaths*, le maître décrit d’une manière analogue l’effroi des disciples, à l’approche de la nuit, et il emploie encore le même procédé dans le récitatif de la cantate Mein Gott, wie lang’, ach lange, où le soprano déplore que le «rayon de la grâce ait disparu dans l’obscurité et dans les nuages »*. Vers la fin de la Matthäus- Passion, la basse adresse une admirable invocation à «l’heure du soir... où l'alliance avec Dieu a été conclue», et le compositeur laisse flotter au-dessus des tenues prolongées du conhinuo des motifs qui s’exhalent en frémissant, comme les nappes de buée montent au fond des vallées «à l'heure fraîche du soir». Tout un cortège de représentations et de sensations se déploie ainsi, à l’appel des mots. Au moment de nous montrer le Christ arrivé à la fin de sa tâche, et l’homme régénéré, Jean-Sébastien a pensé à cette heure, où le travail des champs vient de cesser et où la rosée ranime les plantes. Pour couronner son poème religieux, il emprunte les dernières images à la «bible de la terre» où il trouve, et les traces de Dieu, et les reflets de ses propres affections.

1 J. S. Bach, Il, p. 300.

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