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LES LIGNES DE LA FAÇADE

Ces maisons belges à façades de style flamand ou de recherche inédite que la possibilité de bâtir sans grande dépense à cause des dimensions restreintes de la construction a fait fréquentes, maisons de pierre blanche de France encadrée de pierre bleue de Belgique, de briques avec des ajourements de pitch-pin, ou des frises de verre, treillissées de ferronnerie, quelles en sont les lignes?

Ce sont des maisons de dimension médiocre, comme des pavillons du quartier Monceau ou mieux comme des maisons de campagne moyennes des environs de Paris. Le terrain étant relativement assez bon marché et cette maison étant destinée (sauf sur quelques boulevards de Bruxelles) à n'être habitée que

par une famille, on ne dépasse guère trois étages. La maison possède, en général, une profondeur de deux pièces, Tune prend jour sur la rue ; Tautre s'éclairant au moyen d'une sorte de serre vitrée qui est ménagée entre la seconde pièce et le mur de clôture du rez-dechaussée qui aboutit à cette serre, serait donc par elle-même sombre; on y remédie en la séparant de la première soit par des portes à coulisses ou par de simples draperies. Ce rezde-chaussée repose sur des sous-sols où des cuisines avoisinent avec des celliers. La petite bourgeoisie du lieu s'y aménage dans une première cuisine qui s'éclaire d'une fenêtre coupée au milieu par le trottoir de la rue, des salles à manger sans faste, munies de poêles de fontes, et s'y tient regardant Thumanité passer, visible jusqu'au tibia sur son propre trottoir, à mi-corps sur le trottoir d'en face. Dans les quartiers pauvres, ces sous-sols sont détaillés aux locataires et contiennent des chambres. Des communications s'échangent à ces fenêtres entre les gens de service, et peuplent les rues de la ville de dos courbés et de mains gesticulantes, la tête collée contre

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les grilles, en général en retrait, de ces caves. Au-dessus du rez-de-chaussée, le premier étage offre en général une grande hauteur qu'accuse du dehors l'élévation des fenêtres, parfois cintrées, parfois en forme de vérandah utilisant la fenêtre dite vénitienne, c'est-àdire une grande fenêtre s'ouvrant par le milieu et flanquée de deux glaces ou vitres latérales fixes, sur lesquelles on place des stores gris qui s'élèvent et s'abaissent au lieu du rideau s 'écartant verticalement. Un effort a été tenté, surtout par M. Horta, Hankar, Van Waerbeghe, etc., pour varier les aspects de ces façades, au moyen de l'imparité des fenêtres et d'une disposition un peu dissymétrique de leur alignement. Voici une maison qui s'ouvre par une porte étroite où on accède par deux marches; sur le bois et la grille de la porte s'offre un motif ovale dont le centre, qui est la poignée de la porte, se relie par des lattes de bois ou des lignes courbes de fer à tous les points de l'ellipse à distances égales. La porte s'encadre en une décoration de pierre qui se volute et se termine au-dessus du linteau par une sorte de coupe en avancée sur

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laquelle repose la fenêtre supérieure, appartenant à Tescalier et qui semble une vérandah triangulaire ; cette vérandah est à sa cime recouverte par un chapiteau à pans infléchis vers la rue qui offre contre-partie de la ligne un peu ascendante du chapiteau qui la soutient. La base de cette avancée qui surmonte la vérandah cesse juste à la hauteur où finit la pierre du balcon du premier étage que l'avancée coupe en hauteur, à peu près à la moitié. Voici donc déjà une dissymétrie voulue et combinée entre ce côté de la façade et sa partie la plus large qui contient les pièces. En effet la fenêtre de sous-sol arrivera à la hauteur de la moitié de la porte d'entrée, un revêtement en céramique le surmontera et s'arrêtera aux deux tiers de la hauteur de cette porte pour laisser commencer la large verrière de la salle du rez-de-chaussée arrondie par le haut et cintrée d'un dessin de briques autour d'un motif vertical et étroit, de pierre, qui se place au centre sous le balcon du premier étage à égale distance de deux soutiens de pierre courbes. La fenêtre du rez-de-chaussée sera à guillotine, celle du premier étage

sera une vénitienne, les lattes de bois de Tencadrement des vitres auront une disposition différente et la fenêtre du troisième, dont le chapiteau aigu repousse la toiture et la plie d'un accent circonflexe aux ailes droites, coupe des gouttières ornementées dont la ligne continuée devant elle serait celle d'un balcon, et qui à droite et à gauche annoncent un premier plan du toit, qui encadre cette fenêtre dont le chapiteau fait saillie, en s'élevant hors d'un second plan du toit; le jeu de dissymétrie a été continué entre cette partie de la façade contenant les chambres et celle qui enferme l'escalier; il est même souligné par des lignes de briques de couleur, coupant la brique blanche à intervalles calculés pour cela. Des coquetteries d'architecte donnèrent à la grille d'une fenêtre de sous-sol l'aspect à peu près exact, dans le dispositif, d'une grille de jardin réduite en dimensions, avec des brisures de lignes courbes et des ellipses en la partie centrale et des lignes droites d'une disposition en apparence capricieuse dans les parties latérales. Si M. Van Waerbeghe agit ainsi, M. Hankar et M. Horta multiplient les

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lignes courbes, enchevêtrent des crochets sans pouvoir échapper à la régularité et à la carrure qu'ils voudraient fuir, et leur éloignement de la ligne droite donne parfois Timpression du travail d'une imagination un peu facile se dépensant en efforts assez inutiles. Il y a là, comme chez le précédent architecte, bien plus des applications et des indications que des trouvailles et telle façade dont les lignes sont, je le crois, fort recherchées en leur désordre apparent, mais combiné, évoquent l'aspect de grands porte-parapluie en bambou ornés de glace, ce qui est une façon de japonisme moderniste. M. Hankar est l'auteur d'un intéressant projet de ville moderne, on y voit bien des emplois alternatifs de lignes droites et courbes, des fenêtres encastrées dans de grandes baies ovales contrastées avec des fenêtres à pleins cintres, et des vérandahs trapues; on sent bien que l'architecte a un certain nombre de lignes à sa disposition et qu'il sait varier, qu'il répandra sa symétrie plus sur l'espace d'une rue que sur une seule maison, qu'il égaiera ses façades de frises colorées, pour lesquelles les mo-

saïques sont toutes prêtes ; il manque à toutes ces conceptions une certaine simplicité, vraiment nécessaire au foyer humain.

C'est M. Horta qui a été l'initiateur de ce mouvement et paraît avoir acquis les résultats les plus esthétiques. D'articles critiques, très sympathiques à sa personnalité, on peut induire qu'il blâme l'usage excessif et sans goût qu'on fait en Belgique, de ses fléchissements insensibles ou violents de la ligne droite, en courbe décorative. L'Etat n'a point encore confié à M. Horta ou à ses émules, la construction de bâtiments publics, où ils aient pu s'élever au-dessus du module restreint de la maison d'habitation, mais M. Horta fut chargé par le parti populaire de lui édifier sa maison du peuple ce qui permit à cet artiste de donner plus largement sa mesure.

Une Maison du Peuple, d'après l'enseignement socialiste, doit comporter les locaux d'une coopérative, fournissant toutes denrées nécessaires à la vie matérielle, elle doit contenir par conséquent, une boucherie, une épicerie, un magasin d'étoffes et de chaussures ; elle doit présenter pour lutter contre le caba-

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ret, un café spacieux et agréable. Elle doit aussi s'aménager pour les bureaux nécessaires. En surplus, pour donner à l'ouvrier la récréation intellectuelle , elle doit l'accueillir dans une salle des letes où il puisse écouter de la musique, assister à une œuvre dramatique, à une conférence ; la même salle peut être la salle de délibérations des membres de la fédération populaire.

M. Ilorta a élevé, en se conformant à ces nécessités, à Bruxelles, un bâtiment considérable selon ses principes qui sont de n'utiliser que des matériaux de provenance locale, ainsi la pierre bleue et blanche, la brique, le fer (théoriquement M. Horta exclut le marbre) de ne point faire monter la façade, du sol, en ligne droite, mais avec un infléchissement très léger, une sorte d'allongement des lignes; aussi l'esthétique de ^I. Horta l'amène à supprimer le toit, se refusant à l'élément de pittoresque qu'ont fourni aux villes du Nord tant de pignons dentelés et de clochetons, et à le remplacer par des terrasses, ou des plates-formes, qu'il fait suivre par une corniche en relief reliée à la façade

par des ornements qui font corps avec elle, et aussi logiques que possible, au lieu d'être des ornements plaqués.

La Maison du Peuple construite avec une grande utilisation du fer et de T acier (six cent mille kilogrammes) offre une façade cintrée engendrant en sa courbe deux ailes, sur quelques mètres, arrondies, et reprenant la ligne verticale. La salle de café, haute et spacieuse, est débarrassée du profil gênant des colonnettes ; les soutènements étant latéraux. La salle des fêtes, de grande dimension, 60"" de profondeur sur 16™, 50 de largeur, entourée d'une galerie circulaire de 3"\50, est d'une belle et puissante simplicité.

M. Horta a évidemment donné là, avec force et sobriété, un point de départ de l'architecture de demain, une formule pour les maisons communes des groupes et des fédérations qui deviendront de jour en jour plus nombreuses. Pour ces installations, le passé ne fournit point de modèles. Ce n'est plus l'ancien Hôtel de ville qu'il faut reproduire, ce n'est pas le palais des actes légaux dont on a besoin, mais une maison de conseil et de délibération, non

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de quelques élus, mais de tous, et qu'il faut édifier, en lui faisant signifier le recueillement et la recherche du mieux en une installation sans faste, mais pratique.

En Angleterre , on édifie bien souvent des restaurations, et les toits à pignons ronds surmontés d'une petite flèche, dont les modèles datent du XI siècle sont parfois utilisés; des fenêtres rondes , des fenêtres très longues et étroites contrastent avec les larges bowvvindovs^s à pans infléchis ; ou ce sont des constructions trapues imitant au dehors avec excès, Tancien toit, presqu'égal à la hauteur de la maison, mais ménageant comme dans la maison communale d'un village de Tîle de Man, par M. Baillie Scott, un grand hall aux larges voussures. Extérieurement la façade est extrêmement sobre, chez les architectes anglais; ce qui est pour l'avenir une indication excellente, seules sont apparentes et servent de motifs de décoration les lignes nécessaires et la boursouflure et l'inutile complication sont bannies. Les maisons de campagne anglaises, basses et vastes, avec parfois une teinte distincte aux briques de la base et aux briques

des étages, ornées sur leurs façades principales de motifs de bois uni, dessinant des rectangles et des ovales dans le crépi, contiennent de vastes salles à manger où le motif extérieur de la décoration bois, et crépi alternés, sont continués (le crépi étant recouvert par quelque papier du même ton) ; la partie haute de la chambre continue le plafond solivé, aboutissant au faîte d'une cheminée entourée de plaques céramiques, qui fait face à de larges buffets sculptés; il y a des halls, toujours avec ce motif de décoration extérieure repris, avec des armoires et des bureaux à tablettes aux murs, laissant libre le milieu de la pièce. Le vestibule s'étend sous des arceaux de bois, le faîte droit, les supports légèrement recourbés vers le haut. Ce sont des maisons d'une élégance cossue. Mais la même décoration extérieure est très usitée dans des séries de cottages d'employés et d'ouvriers que des architectes comme MM. Owen, Matear, Lokwood, etc., campent au bord d'avenues plantées d'arbres, derrière un jardinet, qui, au pied des cottages, allonge une longue corbeille séparée d'eux par un chemin dallé; les

cottages offrent un long rez-de-chaussée de briques, avec une verrière à quatre pans de face et deux pans latéraux en avancée égale à l'avancée de tout le premier étage que soutiennent à chaque extrémité de chaque cottage deux supports courbes. Là encore une fenêtre plus petite à deux pans de face, et deux latéraux en saillie, s'égale à l'alignement des combles à toit aigu en solivage et crépi. Une frise de solivage circulaire rompt la monotonie des rectangles droits auprès de la fenêtre du premier étage, ou bien le cottage a un bâtiment central en retrait et deux ailes qui vont à l'alignement de la rue. Parfois le groupe possède à ses deux extrémités deux motifs architecturaux symétriques où une fenêtre plus haute se niche entre deux parois inclinées. Tous ces nouveaux cottages donnent à la rue un aspect de sobre confort qui s'allie à son calme et à la placidité des vies du soir qui s'y abritent loin de l'usine, ou du bureau de la Cité. Ils participent comme les maisons des riches au retour du bon temps de la Reine Anne si aimé des chercheurs d'Outre-Manche. La maison allemande s'est ornée de ferron-

neries et a adopté les proportions anglaises. L'effort français a été des plus sérieux sous l'impulsion de M. de Baudot, Plumet, Bonnier, Benouville, Guimard, Schoellkopf, etc.. L'art de M. Plumet commence à situer dans Paris d'amusantes façades comme celle d'Auvray, place Boïeldieu, curieuse avec ses pavots utilisés en leur forme pour être des lampes de magasins nouveaux où des grilles de fer et cuivre et des bois judicieusement groupés retiennent l'attention; chez M. Plumet ou M. Schoellkopf, plus de lignes brutales ou simplement trop nettes; les balcons sont légers et paraissent naître de la fenêtre au lieu d'y être collés ; les encadrements des fenêtres jouent une légère déviation sur la ligne droite. On a égard aux convenances de la matière, on tente de construire pour le but indiqué au lieu d'appliquer aveuglément des règles, les mêmes pour bâtir une caserne ou une église, ce qui comme le fait justement remarquer M. Schoellkopf force à mettre le sentiment dans la décoration.

M. Guimard dans le Gastel Béranger, qui est une considérable maison de rapport, s'est

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servi des éléments de nouveauté anglais, revisés par les Belges et participe un peu de M. Victor Horta. L'élément principal d'intérêt de son œuvre, c'est qu'elle est populaire et que les appartements y sont préparés aux prix ordinaires que peut mettre à son loyer la petite bourgeoisie; quelques emprunts au passé se signalent, le gothique est mis à contribution pour les porches d'entrée, pour des motifs de fonte, et les ornementations sont conçues en méandres qui tiennent de la rocaille du XVIIP siècle. L'auteur se réclame aussi du japonisme qui lui donne « cette stylisation schématique de l'ornement, qui de l'élément floral ou animal atteint à une valeur graphique ». Mais ces points d'origine étant fixés par l'architecte lui-même, il revendique d'avoir établi vme maison de rapport d'un style nouveau, extérieurement et intérieurement. Ce serait un style pour ainsi dire analytique , puisant ses ornements dans les schémas des choses, avec des motifs curvilignes en coup de fouet, empruntés au mouvement de la branche d'arbre, surtout sur les parois intérieurs où le vœu de l'architecte fut

de ne point entrer en lutte avec la décoration naturelle de fleurs que les habitants y peuvent mettre. Cette construction, pour rompre avec l'uniformité triste de la précédente architecture, se saisit avec empressement de toute occasion de bosseler sa façade de verandahs, de bow-vindows , de la trouer de loggias, d'installer des avant-corps. Les poutres de fer des plafonds sont non point dissimulées mais montrées, non point déguisées sous des motifs archaïques, mais accentuées dans un dessin qui convient à leur matière. Et c'est en somme un louable efTort à enregistrer parmi ceux qui contribueront à l'esthétique de la rue; ce n'est peut-être pas absolu et l'on peut critiquer l'aspect général et la mise en place des éléments architecturaux, c'est certainement quelque chose de fait dans une voie nouvelle. Bien plus classique est M. Plumet, à qui il faut tenir compte que son goût ne comporte aucun belgicisme. Sa maison de rapport de la rue Tocqueville avec un jeu harmonieux de trois fenêtres égales sur une bande haute de cinq fenêtres superposées, aux plus larges verrières, frappe comme un heureux

progrès, accompli sans secousse et sans arbitraire. Ce n'est point une preuve absolue de sa supériorité sur ses émules en art nouveau, et peut-être, bénéficie-t-il de ce qu'il ne dérange pas brusquement des habitudes, pourtant il semble avoir eu soin de garder de classique ce qu'en nécessite la mise en accord avec nos rues. M. Plumet se réfère aux principes architecturaux du moyen âge interprétés par Viollet le Duc, et indique une nécessité de simplicité dans la décoration. La coloration diverse des matériaux joue un rôle dans ses œuvres; il utilise le vert pour peindre les boiseries, donne des formes d'enroulement aux ferronneries des balcons. « Point d'inutile et fastidieuse corniche (dit un critique de M. Plumet), pour couronner lourdement l'édifice, mais un simple encorbellement d'une coupe élégante qui supporte une svelte galerie faite de colonnettes dont les chapiteaux sont les sommiers des arcs en brique émaillée qui les réunissent. »

Le point où sont d'accord les théoriciens français de l'architecture toute récente, c'est dans la sobriété de l'ornementation; tous la

veulent ordonnée parla construction intérieure et obéissent à un idéal strict. Une recherche aussi d'unité dans le total de la construction, d'une ligne générale commandant un bouton de porte et une ferrure, comme un balcon et la totalité de la façade et formant la réalisation d'un dessin homogène; tous aussi, réfléchissant à l'aménagement intérieur de la maison, le veulent plus complet avec des tentures toutes prêtes, dispensant l'habitant de l'orner personnellement ou bien étendant leur action sous la nécessité indiquée de donner un accent à toute la construction, ils donnent leurs soins au mobilier et en règlent la forme et la coloration.

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