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CHAPITRE XIV. LA VIE CHRÉTIENKE

sûr d'ailleurs de son cœur et de sa main, plus de courage que pour franchir les plateaux glacés du Pamir ou explorer la région du haut Mékong.

De même que la force discipline et met en œuvre l'irascibilité naturelle, ainsi la tempérance domine et dirige les mouvements de la concupiscence. La concupiscence est ce qui nous rapproche le plus des animaux ; la tempérance est ce qui nous en distingue. Se jeter gloutonnement sur la nourriture et la dévorer avec bruit, s'abandonner sans retenue et sans choix aux instincts les plus grossiers, voilà. le spectacle que présente l'animal ; modérer ses appétits, les tenir en bride et ne leur laisser le champ libre qu'autant que la raison y consent, telle est l'attitude de l'homme digne de ce nom. Etabli sur les confins de la création spirituelle et de la création physique, l'homme réunit en lui la matière et l'esprit; l'ordre exige que l'àme raisonnable commande et que le corps animé obéisse ;

mais il dépend de la volonté de maintenir pratiquement cet ordre ou de l'intervertir. Si l'homme cède aux impulsions de l'instinct, cette chute dans la matière le précipite au-dessous de l'animal sans raison ; plus il les domine et les dirige, plus cette victoire de l'élément psychique le rapproche des esprits purs.

Mais comme il est créé et mis au monde pour vivre en société, il doit se préoccuper non seulement de régler son existence morale individuelle, mais encore d'ordonner ses relations avec ses semblables. Or, quand l'homme agit en tant que partie d'un ensemble et qu'il rencontre sur son chemin les intérêts des autres, la première, la plus indispensable des vertus, ce n'est pas la patience ou l'humilité, ce n'est même plus la charité, c'est la justice, c'est-à-dire la ferme et habituelle volonté de rendre à chacun ce qui lui est dû. Avant de se répandre en aumônes, il faut , payer ses dettes; avant de doter d'institutions économiques et charitables les ouvriers d'un cen-

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