CHAPITRE XIV. LA VIE CHRÉTIENNE
tre industriel, il faut proportionner leur salaire à la valeur de leur travail et aux gains qu'il a servi à réaliser. La malédiction que saint Jacques dénonce aux mauvais riches pèse sur quiconque viole la stricte loi de la justice : « Vous avez retenu le salaire des ouvriers qui ont moissonné vos champs ; voici qu'il s'élève contre vous et que leurs cris sont montés jusqu'aux oreilles du Dieu des armées (Epitre catholique de saint Jacques, ch. v, v. 4) ». La charité oblige parfois, la justice oblige toujours. La nature même de la charité et de ses devoirs nous excuse de ne pas mettre sans cesse au service du prochain nos
biens et nos forces ; mais la justice veut être satisfaite avec une rigueur mathématique, en tout temps et en tout lieu.
A la justice se rattache cette distribution impartiale du blâme et de l'éloge, de la punition et de la récompense, qu'il appartient au maître de faire d'une manière conforme au mérite de chacun. Les honneurs et les dignités ne doivent ja-
mais être la proie des intrigants ni des incapables ; la justice distributive exige que le souverain ou ses ministres préposent aux charges publiques ceux-là seuls que leur mérite y appelle. C'est la justice encore qui nous dispose à obéir aux lois équitables et à rendre aux membres de la société dont nous faisons partie les services qu'ils ont le droit de réclamer de nous. C'est la justice qui, sous le nom de religion, nous incline humblement devant Dieu et nous pousse à lui rendre ce culte suprême d'adoration et d'amour, à la fois intérieur et extérieur, auquel il a droit comme Créateur et souverain Seigneur de toutes choses ; c'est elle qui, sous le nom de piété, nous remplit d'un respect réel et d'une affection qui se traduit en actes à l'égard de nos parents et de notre patrie.
La prudence, la force, la tempérance et la justice sont des vertus naturelles que l'homme doit pratiquer, lors même qu'il ne serait pas chrétien. Le vrai chrétien les observe donc comme