‹ L'esthétique du dogme chrétien [microform]Chapitre 102 sur 129 · CHAPITRE XIV. LA VIE CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV. LA VIE CHRÉTIENNE

le philosophe, — mieux que le philosophe ; car il a, pour agir ainsi, toutes les raisons du philosophe et hien plus encore. Il a la grâce et le modèle du divin Maître, vers qui l'amour le pousse, à qui il s'efforce de s'assimiler. L'imitation de Jésus-Christ, en qui ces vertus brillèrent du plus vif éclat, voilà l'aiguillon qui accélère la marche du chrétien dans la voie de la perfection. Christianus aller Chrislus, se répète-t-il avec Tertullien, le chrétien est un autre Christ ; il faut donc qu'il entre résolument dans le chemin que son Maître lui a frayé. Il se souvient du jeûne de Jésus au désert, de sa vie errante et de ses fatigues, et la tempérance s'élève en lui jusqu'à la mortification qui tend à détruire les appétits irrationnels en retranchant quelque chose de ce que la raison même leur permet. La force va jusqu'à l'héroïsme et se généralise dans la société chrétienne ; l'on a vu, l'on voit encore des chrétiens de tout âge et de toute condition, des hommes, des enfants

et des femmes, verser leur sang pour Celui qui les a rachetés au prix du sien ; l'on voit des jeunes gens consacrer joyeusement leur innocence à Celui qui a promis aux cœurs purs la vision de Dieu. La prudence s'éclaire d'une lueur toute divine aux enseignements et aux exemples du Maître ; la méditation des récits évangéliques met au cœur du chrétien le mépris de cette sagesse mondaine qui est la contrefaçon de la vertu, l'amour et l'estime de la prudence qui a guidé Jésus dans les actions de sa vie mortelle. Quand il entend parler de justice, il se rappelle la règle posée dans le sermon sur la montagne : « Faites aux hommes ce que vous voulez qu'ils vous fassent {Luc. chap. vi. v. 31) » ; il médite avec tremblement la parabole du débiteur insolvable qui fut livré aux bourreaux, jusqu'à ce qu'il eut versé au trésor royal la dernière pièce de monnaie {Matth. chap. xvni, V. 23 et suiv.). Il s'applique à ne léser en rien les droits du prochain ; mais quand il s'a-

Page 1