CHAPITRE XIV. LA VIE CHRÉTIENNE
ce Notre Père qui êtes aux cieux, que votre nom soit sanctifié ; que votre règne arrive ; que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donnez-nous aujourd'hui notre pain quotidien, et pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ; ne nous laissez pas succomber à la tentation, mais délivrez-nous du mal » !
D'ailleurs, le chrétien n'est pas seul quand il prie ; l'Esprit, qui habite en lui, éveille dans son cœur les saints désirs, le touche, l'émeut, le presse, et c'est sa voix, plus encore que celle du chrétien, qui s'élève vers le ciel, qui adore, qui loue, qui supplie. Toute prière véritable est l'œuvre du Saint-Esprit; toute autre n'est que la parole de l'homme.
Ainsi orné des vertus cardinales, le chrétien réalise, autant que le permet la faiblesse humaine, le type de la beauté morale : « L'honnêteté morale est identique à la beauté et à l'éclat spirituels. De même, en effet, que la beauté physique consiste dans la proportion des membres du corps et dans une certaine vivacité de couleurs, ainsi la beauté, l'éclat moral réside dans la me-
sure et l'ordre des actions volontaires, conformes à cette lumière de l'intelligence qui est la raison formelle du vertueux et de l'honnête. En morale donc le beau est identique à l'honnête {Théologie de Salamanque, t. m. p. 13) ». Mais cette beauté n'est pas un trait purement individuel, propriété exclusive de celui qui se l'est acquise. Dans l'Eglise, les mérites des saints sont, en un sens réel, communs, parce que ceux qui les possèdent sont les membres d'un même corps. Le cœur et le cerveau, l'œil et la main, bien qu'ayant chacun leur domaine propre, sont pourtant étroitement unis dans un même principe de vie et l'exercice de leur activité ; ainsi les actes d'un chrétien se répercutent dans toute l'Eglise. Par la circulation intense de la vie sociale, la beauté morale d'un membre s'étend à l'ensemble pour en rehausser l'éclat, et l'Eglise s'embellit de la beauté d'un seul de ses enfants.
Ce phénomène est tellement saisissant qu'il frappe les philosophes sans préjugés :