‹ L'esthétique du dogme chrétien [microform]Chapitre 112 sur 129 · CHAPITRE XVI. — 'LE MARTYRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI. — 'LE MARTYRE

l'infant ont touchée, le roi consent à ce que le jeune homme déjà mourant soit transporté hors du. cachot pour respirer à l'aise et jouir une dernière fois des rayons du soleil.

Ferdinand. — « Mettez-moi ici, afin que je jouisse mieux de la lumière que le ciel nous envoie. Dieu immense, ô doux Seigneur, que d'actions de grâces je te dois ! Quand Job se voyait dans l'état où je suis, il maudissait le jour ; mais c'était à cause du péché dans lequel il avait été conçu. Moi, je bénis le jour pour la grâce que Dieu nous donne en lui ; car tout éclat, tout rayon du soleil sera sans aucun doute une langue de feu, qui me servira à le louer et à le bénir.

Un chrétien. — Etes-vous bien ainsi, prince ?

Ferdinand. — Mieux que je ne le mérite, ami.

Avec quelle bonté vous me traitez, Seigneur! Quand ils m'ont tiré d'un cachot, vous me donnez un soleil

pour me réchauffer. Vous êtes libéral. Seigneur

Mes amis, je touche à ma fin ; emportez-moi d'ici dans vos bras... Ce que je vous demande, noble don Juan, c'est qu'aussitôt après ma mort vous m'enleviez ces vêtements ; dans le cachot, vous trouverez le manteau de mon Ordre, que j'ai si longtemps porté ; vous en envelopperez mon corps et m'enterrerez avec, si le roi cruel adoucit sa colère et permet que l'on me donne la sépulture. Mai'quez-en l'endroit ; bien que je meure captif, j'espère qu'un jour ra-

2o6 ESTHÉTIQUE DU DOGME

clieté je jouirai du sacrifice de l'autel; puisque je vous ai donné tant d'églises, ô mon Dieu, vous m'en donnerez une où reposer ».

La jeune et intrépide victime expire. Bientôt une nouvelle escadre portugaise paraît sur les rivages de l'Afrique; les soldats débarquent et montent à l'assaut. Massés sur les remparts, les Maures s'apprêtent à bien recevoir les chrétiens, quand tout à coup l'infant martyr, enveloppé du manteau de l'Ordre d'Avis, apparaît à la têtede l'armée portugaise. Les infidèles sont saisis d'elïroi; les Portugais, déjà triomphants, s'élancent à la suite de la redoutable apparition, les murs sont balayés, la ville tombe entre leurs mains, et le corps du martyr, de ce vrai chevalier du Christ, est transporté dans l'unejdes églises de Geuta, que son héroïsme avait conservées à Dieu (Calderon, Comedias,\. 1. El Principe constante).

Page 1