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CHAPITRE XVII. LES FINS DERNIÈRES

grâce sanctifiante, elle est incapable de la lumière de gloire, qui correspond rigoureusement au degré de la grâce. Mais elle ne s'est pas chargée de ces péchés graves, commis en pleine connaissance de cause, qui méritent un châtiment positif ; aussi la justice de Dieu se tientelle pour satisfaite en éloignant cette âme de Celui qui devait être sa récompense éternelle, en la reléguant dans le premier cercle de l'enfer. Une lumière indécise éclaire d'un dernier rayon ce lieu déjà obscur ; mais nul reflet des flammes infernales ne s'y laisse entrevoir. Le désespoir ne hante pas les limbes ; mais la mélancolie y règne peut-être, une certaine tristesse d'avoir perdu la béatitude promise. Pas de douleur, pas de tourment physique ou moral ; mais les délices n'y habitent pas. Ces âmes ont irréparablement manqué leur fin surnaturelle.

Plus bas, au contraire, ce sont les ténèbres, l'angoisse, le désespoir du damné qui sent tout ce qu'il a perdu par sa faute, les remords de la

ESTHETIQUE DU DOGME

conscience, la haine de Dieu, les morsures du feu infernal. Le péché personnel, fruit d'une volonté dévoyée, s'attaque à la majesté infinie du Maître suprême, et si un nouvel acte libre du pécheur ne vient pas avant la mort rétracter et détester la faute librement commise, l'âme se trouve par là même constituée dans un état d'antagonisme violent et définitif contre Dieu. Plus de possibilité de conversion pour le pécheur qui a laissé fuir le temps de la miséricorde et du pardon ; toujours son crime se dressera contre lui et criera vengeance. Au caractère particulier du péché qui, dirigé contre Dieu, revêt une sorte d'infinité dans le mal, le Juge souverain répond par l'éternité relative du châtiment ; les peines de l'enfer ne sont pas, à proprement parler, éternelles, puisqu'elles ont un commencement pour chacun des damnés ; mais il est trop vrai qu'elles n'auront point de fin. Les hommes punissent le mal en tant qu'il est dirigé contre, la société ou les individus, et en ce sens

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le péché, quelque grave qu'il soit, ne mérite point un châtiment éternel ; Dieu, au contraire, le punit en tant qu'il trouble l'ordre exigé par sa sainteté infinie. Le péché grave est appelé mortel, non seulement parce qu'il donne la mort à notre âme, mais parce qu'il tend de lui-même, par sa contradiction essentielle avec la sainteté de Dieu, à l'impossible destruction de la nature divine. Et malgré tout, jusque dans ce lieu de douleurs, où la justice semble triompher seule, la bonté conserve encore ses droits, et les damnés xsont châtiés d'une manière moins rigoureuse que ne le méritent leurs péchés.

D'ailleurs, les peines sont graduées selon la gravité des fautes individuelles, le degré de connaissance et de liberté du pécheur, le nombre et la valeur des grâces qu'il a méprisées. Entre la peine d'un malheureux né dans l'infidélité, au sein d'une tribu anthropophage, adoratrice des serpents, et celle du méchant élevé dans une famille chrétienne, il y aura non pas une diffé-

ren ce quelconque, mais un abîme. Entre le châtiment du simple chrétien qui aura violé les lois de la morale et celui d'un prêtre apostat, il y aura un abîme. Et quelle sera la punition du pontife prévaricateur, du chef des peuples persécuteur de l'Eglise ! Les défaillances des petits sont comme un feu qui jette une lueur rapide et s'éteint; mais les péchés des grands, de ceux qui ont charge d'âmes et dont la mission est d'édifier, ces péchés allument par le scandale un effroyable incendie dont les flammes brûleront éternellement ceux qui ont laissé tomber l'étincelle :

« Ecoutez donc, ô rois, et comprenez ; instruisezvous, juges de la terre. Prêtez l'oreille, ô vous qui dominez les multitudes et qui vous plaisez dans les foules des nations ; car la puissance vous a été donnée par le Seigneur, là force par le Très- Haut qui examinera vos œuvres et scrutera vos pensées, parce qu'étant les ministres de son royaume, vous n'avez pas jugé avec rectitude, vous n'avez pas observé la loi de la justice, vous n'avez pas marché selon la volonté de Dieu. Il vous apparaî-

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