CHAPITRE XVII. LES FINS DERNIÈRES
tra bientôt et vous remplira d'horreur, parce que le jugement de ceux qui commandent sera très rigoureux. Au petit, en effet, il est accordé miséricorde; mais les puissants souffriront puissamment (Sagesse ch. VI. V. 2 — 8) ».
Doux aux faibles, terrible aux forts, tel est le Juge éternel qui ne connaît ni les iniquités, ni les défaillances de la justice humaine.
En face des châtiments sans fin réservés aux méchants, les yeux s'ouvrent, l'âme épouvantée comprend l'importance capitale de ce don de l'Esprit Saint, que l'Ecriture appelle le commencement de la sagesse : la crainte de Dieu. Cette crainte salutaire, souverainement justifiée, puisque Dieu dispose de notre éternité, n'entraîne pour l'homme aucun abaissement ; il ne s'agit pas de se courber platement devant un fils d'Adam, formé de chair et d'os comme nous-mêmes, qui parfois nous est inférieur en vertus ou en intelligence. Non, en vérité, il s'agit de se prosterner devant l'Infini vivant, et
quelle créature refuserait raisonnablement au Créateur cet hommage qui la sauve ?
Mais il arrive souvent qu'à l'heure de la mort l'âme délivrée de ses péchés n'est pas assez pure pour supporter l'effort du face à face divin. Alors elle passe par un état d'épreuve et d'expiation, qui effacent les vestiges de ses dernières souillures.
Une amère tristesse est le partage de ces âmes parce qu'elles sont privées de la vue de Dieu, dont elles sentent maintenant tout le prix, mais sans désespoir, parce qu'elles ont la certitude que l'heure de la délivrance sonnera; ce qui domine tous les autres sentiments, c'est la patience amoureuse, la soumission à la volonté de Dieu. Rien de souillé ne saurait entrer dans le royaume des cieux ; elles le savent, elles voient si clairement cette vérité qu'elles acceptent avec joie cette épreuve passagère qui les rendra dignes des embrassements du Père céleste. Beaucoup y passent, personne n'y reste ; quand la