CHAPITRE r. — - DIEU
des attributs divins ; mais la considération de l'ensemble nous attire.
Ce que nous admirons avant tout dans une belle statue, c'est la proportion des parties et l'harmonie générale qui en résulte ; si la tête de la yénus de Milo ou le buste de la Yiçtoire de Saraothrace ne répondait pas au reste du corps, il y aurait disproportion, et l'œil ne se reposerait plus avec la même complaisance sur ces merr veilles de l'art grec. De même ce que nous recherchons dans une âme humaine, ce qui nous paraît l'idéal de la beauté intellectuelle et morale, c'est avant tout l'équilibre des facultés et des vertus. Toute qualité exagérée fait saillie et dégénère en défaut: ainsi, un roi n'a pas le droit de cultiver la clémence au détriment de la justice, et l'intelligence sort de son rôle légitime lorsqu'elle vient à énerver la volonté.
Or, en Dieu, l'harmonie des attributs est parfaite, parce qu'ils sont tous infinis ; jamais l'un ne fait tort à l'autre, jamais l'équilibre n'est
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troublé. D'ailleurs, il n'y a pas en lui cette alternative d'action et de repos qui, dans la créature, est l'état nécessaire et normal. Nos facultés ne se déploient pas toujours, ni toutes ensemble ; l'intelligence peut entrer en jeu sans que la volonté s'en mêle, et l'imagination empiète souvent sur le domaine des autres. Plus il y a de facultés concourant avec ensemble à la production d'un acte, plus cet acte est métaphysiquement parfait, et moins un acte requiert de facultés pour être produit, moins il possède de perfection ontologique. En Dieu, les attributs ne sont jamais réduits à l'état de puissances, susceptibles, il est vrai, d'agir, mais, de fait, n'agissant pas. Jamais un attribut ne sommeille, tandis que les autres s'exercent ; éternellement ils sont en acte, bien que leurs termes extérieurs n'apparaissent pas tous à la même heure du temps.
Toute œuvre d'art exige l'unité compatible avec sa nature : dans une tragédie, l'intérêt doit