CHAPITRE I. DIEU
se diriger et se concentrer sur une action unique ; un tableau d'histoire présente toujours quelque personnage qui en est la figure centrale. Mais ces exemples mêmes font voir l'imperfection de l'unité ainsi entendue ; ce lien trop lâche est une unité purement morale. Les œuvres de Dieu offrent, il est vrai, à notre admiration des types d'unité autrement saisissants : ainsi, quoique l'homme soit composé d'un corps et d'une âme, il ne forme pourtant qu'un seul
être substantiel. Evidemment cette nouvelle espèce d'unité est bien supérieure à l'unité morale d'une tragédie ou d'un tableau ; c'est une unité vivante et réelle. Si nous considérons une créature toute spirituelle, un ange, nous ne sommes plus arrêtés par cette sorte de dualité de la matière et de l'esprit qui subsiste malgré tout chez, l'homme, et l'idée de l'unité fait un pas en avant. Néanmoins cette unité n'est pas encore parfaite, car en cet être spirituel il y a des dons de la grâce qui n'appartiennent pas à son essen-
ce, qui lui ont été surajoutés par la bonté divine. La distinction de la substance et de l'accident, de la puissance et de l'acte, est toujours réelle en lui. Cet ange existe ; mais il pourrait ne pas exister, bien que son essence ait été conçue par Dieu de toute éternité ; il y a donc en lui complexité d'essence et d'existence.
Dieu seul est la pleine réalisation de l'unité idéale. Cette distinction des attributs, à laquelle recourent les philosophes, n'est qu'une méthode rationnelle d'investigation proportionnée à la faiblesse de notre intelligence ; en vérité, les attributs de Dieu sont identiques à l'essence di-
vine, et comme il est l'Etre nécessaire, son existence n'est pas distincte de son essence. Il y a en Dieu un équilibre parfaitement harmonique des attributs ; c'est l'équilibre par identité. Dieu est l'acte pur et l'unité absolue ; il est l'idéal vivant et réel. M
Enfin, il est l'Etre, et il 1 est à un point tel que toute la création ne saurait y apporter rien