EPILOGUE
L'analyse des dogmes chrétiens fournit, si je ne me trompe, un argument décisif en faveur de leur beauté interne. Mais ce premier examen serait tout à fait insuffisant, si à l'analyse ne succédait la synthèse, si la contemplation de l'ensemble ne complétait l'impression qui résulte delà considération des vérités isolées. Rien ne ressemble moins que le christianisme à un informe amoncellement de matériaux ; ce n'est pas davantage un conglomérat où des pierres de toute dimension et de toute couleur sont indifféremment noyées dans une masse de ciment. C'est un édifice dont toutes les parties sont proportionnées les unes aux autres, dont toutes les pierres sont bien liées ; on dirait une cathédrale
gothique qui aurait surgi d'un seul jet, sans retouches et sans constructions postérieures, sous l'efTort d'un artiste de génie.
Le catholicisme s'élance vers le ciel avec tout l'élan que lui impriment ses origines surnaturelles ; il ne se traîne pas terre à terre comme les systèmes de philosophie qui s'édifient péniblement sur les étonnantes variations de la pensée humaine. Il ne se contente pas d'être une morale comme le bouddhisme ; mais il est aussi une morale, et cette morale — c'est là ce qui fait sa force — est une conséquence nécessaire du dogme. Ce n'est pas une religion indéterminée, comme les hérésies protestantes; ses dogmes précis, placés sous la sauvegarde d'une autorité infaillible, contrastent avec les cadres à contours indécis du protestantisme, où chacun met à peu près tout ce qu'il veut ou même ne met rien, à volonté. Ce n'est pas une religion nationale, une sorte de charte politique et religieuse comme le judaïsme, circonscrite dans les