‹ L'esthétique du dogme chrétien [microform]Chapitre 15 sur 129 · CHAPITRE II La Sainte Trinité · texte numérisé non relu

CHAPITRE II La Sainte Trinité

« En toutes choses, l'uniformité engendre la satiété (Cigéron) », et c'est une vérité reconnue de tous les artistes qu'une œuvre d'art doit contenir des éléments variés fondus dans une harmonieuse unité. Isolée, la couleur rouge, ou le bleu, ou le violet n'attirerait pas les regards ; mais quand l'arc-en-ciel resplendit sur le fond gris des nuages, tout le monde admire instinctivement ce spectacle. La juxtaposition symétrique des sept couleurs en une seule écharpe lumineuse les complète et les rehausse l'une par l'autre.

Or, puisque Dieu est la beauté suprême et que toute la beauté des êtres créés n'est qu'un

pâle reflet de sa perfection, comment ne trouverions-nous pas en lui cette variété dans l'unité, sans laquelle il n'y a pas de beau véritable ? Le dogme de la Trinité répond magnifiquement à ce desideratum : « La singulière beauté de Dieu, écrivait un grand théologien espagnol, semble avoir pour raison formelle la distinction réelle des trois Personnes dans la souveraine unité de l'essence ; en lui existe une parfaite proportion d'égalité entre les trois Personnes distinctes qui s'embrassent en une essence unique (Banez, Scholast. Commentar. in l'^'^pari. S. Thom. 1584. p. 401) ».

Dieu, qui donne aux créatures la fécondité, est fécond lui-même ; il n'est pas isolé, il ne vit pas solitaire dans son éternité. Mais sa fécondité ne saurait ressembler à l'imparfaite image qu'il en a retracée dans les œuvres de ses mains ; elle est de tout autre nature et dépasse de si haut les conceptions de notre esprit et les leçons de notre courte expérience que,

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