CHAPITRE IV. — -■ LE PÉCHÉ ORIGINEL
fusion envoyant qu'ils étaient nus. Avec de larges feuilles, ils se composèrent des ceintures et s'assirent en pleurant au fond du plus épais berceau de verdure de l'Eden, désormais profané par le premier péché.
Comme le jour baissait, la voix du Juge éternel retentit dans le paradis terrestre: « Adam, où es-tu ? » Le coupable répondit en tremblant : . . . c( J'ai entendu votre voix dans l'Eden ; j'ai craint, parce que j'étais nu, et je me suis caché». — ; « Et qui t'a enseigné que tu étais nu, sinon parce que tu as mangé de ce fruit auquel je t'avais défendu de toucher? — « La femme que vous m'avez donnée pour compagne, m'en a présenté, et j'en ai mangé ». — Et Dieu dit à la femme : « Pourquoi as-tu fait cela ? » Eve répondit: « Le serpent m'a trompé, et j'en ai niangé ( Gen., iiï, 8-14) ». .
Alors fut prononcée la triple condamnation contre le serpent, auteur du péché, contre la femme fragile et contre l'homme séduit. La
femme sera soumise à son mari, et elle enfantera dans la douleur; quant à l'homme, il tirera d'une terre désormais ingrate son pain à la sueur de son front, et né de la poussière, il retournera en poussière. L'espérance, il est vrai, restait aux hommes, et Dieu, miséricordieux jusque dans les actes de sa justice, leur annonçait qu'un fils de la femme écraserait la tête du serpent. Mais ce Rédempteur promis ne devait naître que dans un avenir lointain, et le péché allait inonder et submerger la terre. Gomme dans le mythe transparent des traditions helléniques, Eve avait ouvert la boîte où tous les maux étaient renfermés, ils s'étaient répandus sur le monde, et l'espérance seule était restée au fond. Telle est cette scène du paradis terrestre, la plus triste page de l'histoire de l'humanité, puisqu'elle contenait en germe tous les péchés et toutes les misères,'Sa plus importante aussi, si l'ange Gabriel n'était apparu à la Vierge Marie et si la vie mortelle du Verbe incarne ne s'était