CHAPITRE V. I^'lNCARNATION
mortelle, il a eu devant les yeux le spectacle anticipé de ses souffrances : Dolor meus in conspectu meo semper [Ps. xxxvii, 18). Sans cesse il pensait à ce baptême de sang dont il devait être lavé, d'avance il en savourait toute l'amertume, il en voyait toutes les scènes. Jamais mort n'a été plus douloureuse que la sienne ; jamais non plus personne n'a prévu de si loin toutes les circonstances de son supplice et n'en a accepté les souffrances avec une telle générosité. Quand a sonné l'heure de la Passion, toutes les haines, toutes les lâchetés se coalisent et se déchaînent contre lui : trahi par un disciple et vendu à ses ennemis, délaissé des siens, renié par Pierre, souffleté par les valets du grand-prêtre et flagellé par les exécuteurs romains, abandonné par Pilate, insulté sur la croix par les scribes et les pharisiens, il a vidé jusqu'à la lie la coupe des opprobres et des douleurs pour empêcher les hommes de la boire. Au milieu de ses souffrances, le pardon et la
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bonté sont toujours sur ses lèvres ; pas une malédiction contre ses ennemis, mais des avertissements solennels à ceux qui se sont constitués ses jug-es, des prières pour ses bourreaux, la promesse au voleur repentant d'entrer avec lui dans son royaume. Puis, tout étant consommé, il remet son âme entre les mains de son Père et meurt en jetant un grand cri dont le ciel et la terre s'émeuvent.
En vérité, si Jésus n'était qu'un homme, il aurait encore droit, comme le type idéal de l'humanité, au respect et à l'amour de tous les hommes ; tous devraient bénir le Crucifié, l'Innocent mis à mort par des juges prévaricateurs et dont l'image avertit ceux qui rendent la justice de ne jamais céder à la haine comme Gaïphe ou à la peur comme Pilate. Mais Jésus est plus qu'un homme ; c'est le Yerbe incarné.
Aussi la mort ne pouvait-elle remporter sur lui qu'une victoire d'un moment. Au matin du troisième jour la terre trembla, un ange descen-