CHAPITRE V. l'iKCARNATION
C'est que le Verbe avait voulu, entre la nature humaine individuelle qu'il s'était choisie et sa Personne divine, une union aussi étroite que possible. L'union morale, qui aurait établi la cohabitation en un même individu d'une Personne divine et d'une personne humaine, était insuffisante pour son amour. Il a été bien plus loin, il a fait sienne cette nature humaine prédestinée, il Ta possédée tout entière sans restriction et sans réserve; dès l'instant même de la conception de Jésus, la Personne divine s'est substituée à la personnalité humaine, et les actes intérieurs et extérieurs de son humanité ont été frappés ainsi à l'empreinte divine. Voilà à quel point d'honneur et de gloire l'Incarnation a élevé la nature humaine.
Cependant les apôtres, restés seuls sur le sommet du mont des Oliviers, ne pouvaient détacher leurs regards du ciel où Jésus s'était élevé; il semblait que leur Maître bien-aimé attirât irrésistiblement leurs cœurs : « Voilà que
deux hommes vêtus de blanc apparurent près d'eux et leur dirent: Hommes de Galilée, pourquoi demeurez-vous les yeux fixés au ciel ? Ce Jésus, qui vous a quittés pour monter au ciel, en reviendra un jour de même que vous l'avez vu y monter [Actes des Apôtres, 1, 10 et 11) ». Mais en disant adieu à la terre, Jésus laissait aux hommes deux vivants témoignages de son amour : le souvenir de sa douloureuse Passion et l'Eucharistie. Sous l'impulsion de la charité dont, Verbe de Dieu, il était pénétré, et de l'amour humain dont il brûlait pour ceux que l'Incarnation avait faits ses frères, iL leur léguait son sang répandu au Calvaire, son corps immolé sur la croix. Descendu sur la terre pour y allumer le feu de l'amour, il avait donné l'exemple, plus encore que le précepte, d'aimer ses ennemis ; il s'était caché sous le voile des espèces, s'était livré en proie aux supplices pour sauver et nourrir ceux qui étaient alors des fils de colère. Pas une goutte de son sang