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CHAPITRE V. — l'incarnation

sa vie mortelle, le Cœur de Jésus avait battu souvent en présence des misères, dans l'étreinte desquelles l'homme se débat : « J'ai pitié de la foule (Marc, viii, v. 2) », disait-il en regardant la multitude qui l'avait suivi au désert, et pour soulager sa détresse matérielle il multiplia les pains, comme il semblera plus tard se multiplier au sacrement pour empêcher les hommes de mourir d'inanition morale. Le Cœur de Jésus s'émut devant la grotte funéraire où reposait le corps de son ami Lazare, il s'émut en présence de la veuve de Naim,dont on portait au tombeau le fils unique ; il s'émut devant la foi et l'humilité de la Chananéenne qui le suppliait de guérir sa fille, devant la pécheresse qui baignait ses pieds de larmes silencieuses. Pas une misère physique ou morale qui n'ait fait battre le Cœur de Jésus. Mais entre tous les sentiments qui l'animaient, nul n'était plus constant et plus fort que le désir de verser son sang pour le rachat des hommes et de leur laisser en héritage son

corps sacramentel : « Je dois être baptisé d'un baptême ( de sang ), et combien je me sens pressé jusqu'à ce qu'il s'accomplisse (Luc. xii, v. 50) », disait-il à ses Apôtres, et à l'heure solennelle où il va instituer l'Eucharistie, il leur dit encore : « J'ai ardemment désiré de manger cette pâque avec vous (Luc. xxii, v. 15.) »

Certes, avant l'Incarnation du Verbe, Dieu avait donné à ses créatures bien des preuves de son amour et de son infinie bonté. Cependant, appliquée à un pur esprit, au plus pur des esprits, l'épithète de miséricordieux ne pouvait jamais avoir qu'un sens métaphorique. Sans doute, Dieu connaissait tous les maux qui affligent l'humanité ; il savait parfaitement l'effet qu'ils produisent sur le cœur et sur les sens des hommes, et sa paternelle providence couvrait toujours ses créatures de son ombre. Néanmoins, quel allégement, quelle consolation de savoir que Dieu a voulu passer par le feu de toutes les tribulations à l'exception du péché, et qu'il

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