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CHAPITRE V. ■ — l'incarnation

s'est uni personnellement à une nature humaine qui ressent pour les hommes un amour de frère ! Désormais, Dieu est vraiment miséricordieux ; son Cœur sait comme le nôtre, bien mieux que le nôtre, tressaillir en face de la douleur d'autrui, s'apitoyer sur les souffrances des hommes. C'est l'amour humain dans tout ce qu'il a de plus ardent et de plus tendre, mais purifié, divinisé.

Le culte du Sacré Cœur est donc le culte de l'amour, et cette vérité, connue ou pressentie du peuple chrétien, fait battre à leur tour les cœurs d'une multitude d'hommes qui ont soif d'une religion d'amour. Ils se prosternent sans effort devant ce Cœur que le Yerbe a fait sien et lui rendent les honneurs divins. Il arrivait qu'à la bienheureuse Marguerite-Marie, dans la solitude de Paray-le-Monial, apparaissait quelquefois sur un trône un Cœur qui jetait des flammes. Quel magnifique symbole du christianisme tout entier qui, comme Dieu son auteur,

est charité, et comme on comprend le charme vainqueur qui attire tous les cœurs au Cœur de Jésus (1) !

1. Au commencement de ce chapitre, je me suis servi de l'opinion scotiste pour exposer la souveraine convenance du mystère de l'Incarnation. Cette opinion se prête évidemment mieux à une exposition de caractère esthétique, et elle a d'ailleurs été adoptée dans notre siècle par d'illustres théologiens, d'une irréprochable orthodoxie, tels que Dom Guéranger, le P. Faber, Mgr Gay, etc. En conséquence, j'ai cru qu'il était parfaitement licite d'en faire usage, sans avoir le moins du monde l'intention de la canoniser. On sait que la thèse thomiste enseigne que l'Incai^nation n'aurait pas eu lieu, si le péché originel ne s'était pas produit ; la bonté de Dieu sut trouver, dans l'Incarnation et la Passion de son Verbe, un remède qui l'emportait infiniment sur le mal. L'enseignement thomiste a pour lui tous les Pères et la majorité des théologiens. Mais l'opinion d'Alexandre de Halès, d'Albert le Gi-and, de Duns Scot et de Suarez reste libre.

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