‹ L'esthétique du dogme chrétien [microform]Chapitre 51 sur 129 · CHAPITRE Vil. LA JUSTIFICATION · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil. LA JUSTIFICATION

tel bien, mais entre le bien et le mal ; c'est le fruit facile et spontané que porte la nature fragile d'un être créé. Mais s'approcher de Dieu, pénétrer dans les secrets de sa miséricorde et de sa bonté, se relever de sa déchéance et rentrer dans cet ordre supérieur dont tous les fils d'Adam sont exclus par le fait même de l'hérédité morale, voilà le miracle que la grâce peut seule opérer. Vers cette terre promise l'homme ne fait jamais de lui-même le premier pas ; c'est l'Esprit de Dieu qui daigne l'appeler, le diriger et le soutenir. En vain la créature tenterait cet impossible passage ; plus profondes et plus impétueuses que les flots du Jourdain, qui barraient aux Hébreux la route vers les campagnes de la Palestine, son impuissance et son indignité l'arrêtent sur le bord, et la main divine seule peut le porter au-dessus de l'abîme. La grâce est ce puissant auxiliaire que Dieu, dans la plénitude de saTlîberté et par égard pour le sang de Jésus, daigne nous accorder afind'é-

clairer notre intelligence, de donner l'impulsion à notre volonté et de nous faire ainsi produire des actes surnaturels qui préparent ou assurent notre salut. Elle introduit nos facultés dans une sphère d'activité nouvelle, elle les féconde et les rend capables d'œuvres trans-, cendantes. Dans le laboratoire d'un chimiste^ nous voyons un corps simple inerte, qui subit lecontact d'un autre élément, déployer tout à coup une affinité énergique, s'unir à lui et former par combinaison un composé dont l'activité dépasse singulièrement celle du corps primitif. Cette réaction n'est pas sans analogie avec le travail de la grâce : à nos facultés se surajoute un élément surnaturel qui se combine avec elles en une opération vitale pour la production d'un acte qui dépasse leurs exigences et leur portée. La vision béatifique, vers laquelle convergent tous les actes utiles au salut> est d'ordre tellement supérieur et si exclusivement divin que toutes les forces de la nature se coa-

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