‹ L'esthétique du dogme chrétien [microform]Chapitre 59 sur 129 · CHAPITRE VIII.— l'église · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII.— l'église

la tête de son royaume un homme qui est son vicaire ici-bas. La nécessaire visibilité de l'Eglise ne permettait pas que le membre le plus essentiel de son organisme fût précisément celui qui échappât aux regards.

Mais quelle tâche, de suppléer visiblement Celui qui s'était appelé lui-même le bon Pasteur 1 Il y faudrait une foi sans défaillance pour ne pas entraîner toute l'Eglise dans l'erreur, une charité plus forte que la mort, afin que le pasteur fût toujours prêt à verser son sang pour ses brebis. Or, celui que le Seigneur choisit pour remplir le premier cet office souverain fut un pécheur pénitent.

Pour récompenser Pierre d'avoir confessé sa foi dans le Christ, le Seigneur avait fait de lui le coryphée du collège apostolique et la pierre fondamentale de ce temple spirituel qu'il voulait bâtir sur la terre. Mais, pendant la passion de son Maître, à cette heure douloureuse oii le dévouement et l'amour sont passés au crible^

la présomption entraîne Pierre vers l'antre dans lequel s'agitait le sort de Jésus, la peur le précipite dans le mensonge et le reniement. Il semble qu'après une telle apostasie les clefs du royaume doivent lui être retirées et coi^fiées à un plus digne ; c'est ainsi du moins que la sagesse humaine envisage lés choses. Mais les dons de Dieu sont sans repentance, et la sagesse divine marche à son but par des voies secrètes. Sur les bords du lac de Génésareth, après la pêche miraculeuse qui amena sur le rivage, dans les filets de Pierre, cent cinquante trois poissons de grande taille, Jésus ressuscité interrogea trois fois Pierre, contrit et humilié sous le poids de son crime : « Pierre, m'aimes-tu (Joan. XXI. 15-18) ? Simon, fils de Jean, m'aimes-tu plus que ceux-ci ?» La condition du pasteur suprême de l'Eglise était désormais complètement définie : Pierre et ses successeurs devaient conduire le troupeau du Christ vers les seuls pâturages de la vérité et sacrifier au besoin leur

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