CHAPITRE IX. l'écriture ET LA TRADITION
providentiel de la rédemption et des prédestinations divines. Avec une souplesse merveilleuse elle se plie à la description des périodes si diverses qu'embrasse nécessairement une longue suite de siècles, à la peinture des civilisations et des mœurs les plus différentes. Ce drame, unique dans son genre, débute par une cosmogonie, la seule qui soit de tout point conforme aux légitimes exigences de la raison. L'écrivain sacré, qui paraissait d'abord tracer l'histoire du monde, élimine peu à peu de son cadre les personnages et les généalogies qui ne se rattachent pas au rameau élu. Après un tableau rapide de l'humanité antédiluvienne et de la catastrophe providentielle qui mit fin à cette première période, l'Ecriture nous donne la table ethnographique des descendants de Noé et raconte l'histoire des patriarches qui furent les ancêtres du peuple hébreu. Ici le ton de l'histoire domine ; mais c'est une histoire d'un caractère particulier, sur laquelle lu peinture
sobre des mœurs priraith'^es de l'Orient répand une teinte toute pastorale ; sous les yeux du lecteur vivent et agissent, dans leur cadre naturel, les chefs de tribus nomades à la recherche de pâturages pour leurs grands troupeaux.
Ensuite l'Ecriture nous conduit en Egypte avec Joseph et décrit, sans recherche comme sans efîart, l'antique société égyptienne à l'époque des conquérants sémites. Puis c'est la période de l'oppression, des constructions gigantesques qu'un Pharaon décrète et qui pèsent lourdement sur des milliers de créatures humaines ; la libération providentielle du peuple hébreu et le passage de la Mer Rouge ; la Loi donnée au Sinaï et la vie nomade au désert, alors que les blanches tentes d'Israël se déroulaient en ordre sur le sable autour du Tabernacle aux couleurs éclatantes ; — la conquête de la Palestine et la division du sol entre les douze tribus ; — l'âge obscur de la formation nationale, les combats incessants des Hébreux pour l'affermissement