CHAPITRE X. — LES SACREMENTS
tive innocence ; et lorsqu'ils se débattenl au milieu des tristesses et des aridités de la vie, ils ne sentent pas l'arrière-g-oût de cette manne céleste qui est aussi l'avant-g-oût du bonheur éternel.
Mais pour le chrétien la jouissance de l'union divine ne se borne pas à cette joie unique de la première communion. Toujours Jésus est prêt à la renouveler en nous ; le pain des anges est devenu le pain de l'homme voyageur. Lui-même nous presse amoureusement de recourir à la nourriture divine que sa bonté a mise à notre portée.
(c En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme et si vous ne buvez son sang, vous n'aurez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang a la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour. Ma chair est vraiment une nourriture et mon sang est vi'aiment un breuvage. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi en lui. Comme le Père qui est vivant m'a envoyé et que je vis par le Père, ainsi celui qui me mange vivra par
moi. Voici le pain qui est descendu du ciel. Vos pères ont mangé la manne, et ils sont morts (spirituellement) ; mais celui qui mangera de ce pain vivra éternellement (Je ann., vi, 54-60) ».
Jésus a confié à son Eg-lise le trésor de son Corps et de son Sang, et l'Eglise appelle tous les hommes à venir goûter du fruit sacré de l'immortel sacrifice : Venite, poimli, ad sacrum et immortale sacrificium, chantait autrefois l'Eglise de Lyon au moment de la communion. Qui oserait pécher encore après s'être nourri de la chair de Celui qui est mort pour la rémission des péchés, après s'être abreuvé du sang innocent dont le Calvaire a été inondé ? Quand ce fruit du véritable arbre de vie descend sur des lèvres pures, il fait croître la grâce et dépose en l'homme le germe de l'immortalité bienheureuse : « Plus rapide que l'éclair, plus actif que la foudre, le sang théandrique pénètre les entrailles coupables pour en dévorer les souillures (Joseph de Maîstre, Éclaircissements sur les saci'ifices, ch. m) »,