CHAPITRE X. ■■ LES SACREMENTS
Ce sacrement, si utile à l'homme, est glorieux pour la chair du Sauveur. Cette chair immolée, ce sang- versé sur le Calvaire, servent de nourriture et de breuvage aux âmes ; ce qui, suivant l'ordre de dignité de la création, est le plus matériel et le plus grossier devient une source de vie surnaturelle pour l'élément psychique et spirituel de l'homme. Non seulement la chair de Jésus est l'aliment de nos âmes, mais elle revêt au sacrement, dans ses relations avec l'espace, le mode d'existence réservé aux esprits. De même que l'âme humaine est tout entière présente en chaque partie du corps, de même Jésus est tout entier présent sous la moindre parcelle du pain consacré, dans la plus petite goutte du vin mystérieux. Et comme l'auguste sacrement est répandu en tous lieux sur la surface du globe, il confère à cette chair divine une sorte d'immensité relative.
Sans quitter le trône céleste où elle siège éternellement, l'humanité de Jésus s'expose à des
circonstances' diverses de temps et de lieu ; des missions glacées de l'Islande et du Groenland aux brouillards de la Terre de Feu, à travers les régions indécises du noir continent et du territoire des Amazones, l'hôte divin habite partout dans l'église ou sous la hutte de bambous ; partout il affirme silencieusement, par sa seule présence, la gloire de cette chair et de ce sang qui ont sauvé le monde et qui maintenant le nourrissent.
Non seulement Dieu a voulu renouveler l'homme individuel par le baptême, la confirmation et l'Eucharistie ; mais, dans sa miséricorde, il a relevé la famille elle-même. Dieu daigne ratifier le consentement des époux et fait de ce lien, purement contractuel, un sacrement^ source de grâce .pour le présent et l'avenir. Le mariage apporte souvent autre chose que des joies, et cependant les époux sont rivés l'un à l'autre par une chaîne que la mort seule brisera. C'est un état stable, une union indis-