CHAPITRE X. LES SACREMENTS
soluble par laquelle deux êtres fragiles se lient sans noviciat préalable, et d'ordinaire, c'est après avoir franchi ce pas sans retour que les époux apprennent à se connaître intimement.
Parfois, ce voyage de découverte est agréable, et l'âme admire en sa compagne une haute intelligence, un caractère chevaleresque, un cœur dévoué. Mais souvent ces révélations sont attristantes : l'égoïsme, l'insignifiance de l'esprit, la bassesse du cœur, la faiblesse de la volonté, ou simplement la diversité des humeurs, voilà ce qui perce sous le voile léger des actes quotidiens. Quelquefois l'une des âmes recule d'effroi devant la compagne qu'elle s'est donnée ; le frottement de la vie commune a mis celle-ci à nu, et l'autre y a vu le vice ou le crime.
Et pour remplir son devoir, tout son devoir envers l'être désagréable ou pervers qui lui est attaché, quelle force possède-t-elle ? La passion, l'orgueil, la cupidité, la bienséance ? Mais la
passion s'est évanouie comme un feu de paille devant les mécomptes de chaque jour; l'orgueil est un vice, et un vice ne saurait unir honorablement deux créatures humaines. La cupidité et la bienséance sont impuissantes à chasser la froideur et à engendrer le véritable amour. Non, en vérité, tout cela est insuffisant ou odieux ; il faut bien davantage, il faut beaucoup mieux, il faut Dieu lui-même entre les époux. Il faut que sa main paternelle guérisse les blessures quotidiennes et entretienne le feu sacré ; il faut qu'il serve de lien entre les cœurs. En dehors de lui, il n'y a que passion éphémère, aigreur, indifférence ou infidélité. C'est lui seul qui peut unir et sanctifier ces âmes par l'accomplissement généreux d'un commun devoir dans une commune affection ; lui seul peut les guider à travers la vie, les soutenir dans les épreuves, les consoler dans leurs tristesses. Où les époux trouveraient-ils donc l'amour vrai, inextinguible, sinon en Dieu