CHAPITRE XI. LA FOI
surtout sans espérer de récompense ; pour les âmes communes, il y aura le jeu, le vin, les femmes, et au dernier degré de l'échelle, l'ivresse adoucie et devenue moins répugnante. Ce coup d'œil divinatoire sur la morale de l'avenir aur,a sans doute contribué, par sa franchise cynique, à en retarder l'avènement. On ne peut pas encore impunément soulever le voile qui cache le gouffre hideux vers lequel l'impiété nous emporte. *
Mais, par un phénomène singulier, la morale traditionnelle ne porte tous ses fruits que dans lésâmes où la foi est vivante. A mesure qu'elle défaille, la moralité s'ébranle ; parfois ce travail est lent, pour ainsi dire souterrain, et l'on serait tenté d'en nier l'existence. Les dehors peuvent faire illusion, mais l'intérieur est miné par le ver rongeur de l'incrédulité, comme ces insectes aux élytres dorées dont les fourmis ont dévoré les entrailles et dont la coque seule subsiste, prête à tomber en poussière au pre-
mier choc. Qu'on examine à plusieurs années (l'intervalle l'état d'un homme qui a perdu la foi. et l'on sera effrayé du chemin parcouru. Ensuite qu'on applique la même méthode à un converti, qui pratiquait auparavant les seuls préceptes de la morale mondaine, et les progrès accomplis vous frapperont d'étonnement. Autrefois négligés, les devoirs envers Dieu sont maintenant l'objet d'un zèle, d'une attention toute religieuse ; l'amour du prochain a remplacé l'égoïsme, et ce converti, jadis philanthrope à ses heures et jouisseur d'habitude, est devenu un chrétien que l'amour de la justice et la charité animent. A ses yeux, des fautes, que la morale mondaine excuse facilement, sont des crimes, et, de quelque nom qu'il se pare, le péché lui fait horreur.
Mais si la morale traditionnelle, qui est la bonne, la seule parfaite, est soumise aux influences de la foi, si elle se traduit en actes dans les âmes que la foi vivifie et si la perte de la