‹ L'esthétique du dogme chrétien [microform]Chapitre 87 sur 129 · CHAPITRE XI. LA FOI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. LA FOI

foi, c'est la rédemption de rintelligence. Elle laisse aux sciences humaines leurs principes et leur domaine distincts, et si elle exerce en un petit nombre de points une sorte de mag-istère supérieur sur les sciences morales, il est de leur intérêt bien entendu de l'accepter et de s'y soumettre ; car au delà des .rares barrières que la foi a posées, il n'y a plus que ces champs du vide et de l'erreur, oii la philosophie égarée et l'exégèse rationaliste bâtissent des édifices fantastiques, ruineux avant d'être achevés.

Dieu a donné à l'homme ce sort plein de grandeur : il faut qu'il soit à lui tout entier. L'intelligence ne pouvait être mise hors de la loi commune ; en acceptant docilement ce jougléger de la foi, elle se met en communion avec Dieu, elle entre dans la vie surnaturelle et pose ainsi les bases de la justification de l'âme. Etabli sur cette pierre de la foi, l'homme ne vacille plus comme un roseau à tout vent de doctrine ; il ne se laisse plus dessécher ni engour-

dir par l'absence de principes assurés, et par là même il est prédisposé aux œuvres supérieures qui réclament pour s'accomplir un caractère énergique et de l'enthousiasme solide. Quand a-t-on vu un sceptique mourir pour la vérité dont il doutait ? Le sacrifice est trop contraire à l'égoïsme naturel pour qu'il puisse naître et se développer dans une âme sans convictions. Aussi est-il vrai de dire que l'homme vaut par ce qu'il croit et juste autant qu'il croit.

Sans cloute, la foi nous impose des mystères à croire ; mais c'est là précisément le sceau authentique de la révélation divine. Si tout était clair et limpide dans les enseignements de la foi, cette absence de profondeur serait l'indice évident d'une origine purement humaine. Eh quoi ! nous vivons^ nous mourons au milieu du mystère; de toutes parts il nous étreint, sous la forme du grain de blé qui germe dans un sillon, sous celle des rayons de lumière que le soleil nous envoie ; nous errons à tâtons dans une

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sorte d'obscur crépuscule, nous demandons en vain aux laboratoires des physiologistes la solution de l'énigme de la vie, nous cherchions hier encore dans les vibrations d'un éther problématique l'explication des phénomènes lumineux, et ainsi embarrassés dans les inextricables difficultés de la philosophie naturelle, nous oserions reprocher à la métaphysique surnaturelle ses obscurités ! Comment la notion de l'infini n'entraînerait-elle pas de mystère pour une intelligence qui s'égare dans le fini ?

Dieu voulant du reste que notre foi fût raisonnable et qu'elle cherchât son point d'appui ailleurs que dans la véracité humaine, a pris soin de mettre en lumière par le miracle le caractère transcendant de la révélation. Le miracle est un phénomène sensible dont Dieu est l'auteur immédiat et qui porte en soi la marque manifeste de son origine. C'est la signature de Dieu, certifiant que nous pouvons croire sans crainte d'erreur, que nous devons croire sous

peine d'infidélité les vérités qu'un homme nous annonce de sa part. En soi moins difficile que le g-ouvernement de l'univers et la production continuelle de la vie, il frappe davantage, il saisit l'attention, parce qu'il sort de la règle commune. Pour tous les yeux non prévenus, la résurrection d'un mort, la guérisoïi instantanée et durable d'un malade, l'accomplissement à longue échéance d'une prophétie dont l'objet ne pouvait être naturellement prévu, voilà des signes d'une intervention divine, et la doctrine, en faveur de laquelle pareil miracle s'est produit, prend le caractère d'une révélation céleste. L'existence et l'ordre merveilleux des créatures prouvent irrésistiblement l'existence et les perfections du Créateur ; mais ce témoignage, si précieux pour la religion naturelle et la philosophie, devenait inefficace pour démontrer l'origine supérieure des vérités révélées. Dieu a eu recours à ces opérations directes qui tranchent vivement sur le fond ordinaire des phé-

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