CHAPITRE XII L'Espérance
L'espérance est ce bien léger, mais inestimable, qui surnage au-dessus du malheur. La nature l'enseigne à l'homme et en fait une loi de la vie : tant qu'elle subsiste, il sait qu'il doit travailler, et lutter, parce que le triomphe est possible ; mais quand elle a été emportée avec le reste, alors le malheur est complet et toute résistance est inutile ; l'homme sent qu'il est définitivement vaincu.
L'espérance joue un rôle capital dans la vie, puisqu'elle sert d'aiguillon à l'activité humaine. Elle devait trouver aussi sa place dans l'œuvre de notre salut ; car, nulle part, le décourage-
ment ne risquait de s'introduire plus vile, à la suite des pénibles tentatives d'amendement et des chutes répétées, et nulle part, il ne devenait plus dangereux, nous entraînant d'un côté à dés péchés nouveaux et nous exposant de l'autre à la perte du bonheur éternel. D'ailleurs, le découragement n'est pas le seul ennemi que nous ayons à combattre et à vaincre pour que la voie du salut nous soit ouverte. Si le désespoir abat le cœur de l'homme, la présomption fait brèche dans son humilité, et sans ce fondement de l'humilité toute vertu s'écroule. La vie spirituelle tourne sur deux pôles, la charité qui est le pôle boréal, et l'humilité qui est le pôle austral; si quelque vice secret détruitl'humilité, l'équilibre est rompu. Entre ces deux écueils, le désespoir et la présomption. Dieu même nous a tracé la voie ; quelles actions de grâces ne lui devons-nous pas pour avoir transformé un sentiment si naturel au cœur de l'homme en une vertu théolosrale !