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CHAPITRE XII. l'espérance

Par cette vertu de l'espérance, nous marchons ici-bas les yeux fixés au ciel, sans permettre à une créature de détourner vers elle, au détriment de Dieu, nos désirs de félicité suprême et de déplacer ainsi pratiquement la fin qui nous est assignée. Dieii seul est assez grand pour satisfaire pleinement notre intelligence, assez aimable pour rassasier notre cœur ; c'est l'outrager que transporter à un être créé le caractère et l'honneur de fin dernière qui n'appartiennent qu'à lui, et c'est se ravaler soi-même au niveau de la brute qui n'élève pas ses désirs 'au-dessus des besoins naturels.

Mais si nous avons eu le malheur d'oublier à ce point la dignité de Dieu et notre honneur, gardons-nous d'aggraver notre faute par le désespoir qui tend à nous fixer pour jamais dans cet état de péché. Eùt-il commis le plus noir forfait, l'homme n'a jamais le droit de dire comme Caïn : « Mon crime est trop grand pour mériter le pardon {Genèse, iv., 13) » ; car c'est

poser des bornes à la bonté infinie; il n'y a pas d'injure plus sensible à Dieu que cette négation de sa miséricorde, et le pécheur ne saurait imaginer un moyen plus sûr d'aboutir à l'impénitence finale.

C'est l'espérance qui donne à la vertu chrétienne sa douceur et sa joie. Si la joie manque à la piété, le cœur se resserre, les joues se creusent, la figure s'allonge, les yeux brillent d'un feu sombre au fond des orbites ; bref, au lieu du chrétien qui marche à la conquête des biens futurs avec l'heureux pressentiment du triomphe, on n'a plus devant soi qu'un type de puritain ou de janséniste, dont la religion s'inspire de la lettre de l'Ancien Testament plus que de l'esprit du Nouveau. Mais cette joie surnaturelle, si nécessaire pour empêcher les déviations de la piété, où la puiser ailleurs que dans l'espérance ? C'est la source que lui assigne saint Paul : Sjpe gaudentes, écrivait le grand Apôtre aux Romains (xn. 12), réjouissez-vous

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eii espérance. Animé de cet esprit, le chrétien regarde la vie comme un don de Dieu et non comme une charge insupportable, que le hasard nous impose et dont chacun a droit de se délivrer à son gré. Si pénible qu'il puisse être, l'accomplissement de ses devoirs s'embellit à ses yeux du reflet des biens futurs qui en seront le prix. Comment le fardeau de la vie et des soucis quotidiens pourrait-il jamais écraser celui qui est profondément convaincu de l'affirmation de saint Paul : « Nos tribulations présentes, momentanées et (relativement) légères, nous amassent là haut un trésor de gloire éternel et sans prix (II Cor. IV.17)?»

Sans doute, autour du chrétien les ombres s'accumulent ; mais le ciel resplendit au-dessus de sa tête, et il oublie les ténèbres qui l'entourent en contemplant cette lumière dont il sera pénétré. Telle est « la vieille chanson », toujours nouvelle, qui a bercé pendant des siècles les maux de l'humanité. Non seulement elle

adoucit les tristesses de la vie présente, mais elle ouvre, comme une formule magique, la porte du ciel. Cette chanson est d'origine céleste, et c'est l'Esprit Saint qui en mm^mure les paroles consolatrices au fond des cœurs.

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