CHAPITRE XIII La Charité
« Un pharisien, docteur de la loi, interrogea Jésus pour le tenter : a Maître, quel est le commandement suprême dans la loi ? » Jésus lui dit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toutes tes forces. Ceci est le premier et le principal des commandements. Le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toimême. En ces deux préceptes se résument toute la loi et les prophètes (Matth., ch. xxii, v. 35-41. )»
La charité n'était donc pas, à proprement parler, une inconnue dans le monde, puisque dès les pages de l'Ancien Testament sa nécessité et son excellence avaient été proclamées. Mais la loi mosaïque ne s'adressait pas à la masse des gentils, dont les destinées semblaient abandon-
nées aux hasards de toutes les idolâtries et de toutes les corruptions. Sous des influences pharisaïques, les Juifs eux-mêmes interprétaient le commandement de la charité en ce sens qu'il fallait aimer ses amis et haïr ses ennemis ; ^ comment, dans l'atmosphère de cette exégèse sectaire, la fleur délicate de cette vertu auraitelle pu s'épanouir? Aussi était-ce bien un commandement nouveau que Jésus apportait à la terre, un commandement partout oublié et remis en vigueur, qui allait imprimer au Nouveau Testament tout entier son caractère de douceur et d'amour. C'est comme une merveilleuse miniature peinte en tête d'un manuscrit et qui en résume fidèlement le contenu. La crainte de Dieu conserve sa valeur religieuse et son importance morale : mais sous peine de judaïser, le chrétien doit se laisser pénétrer, envahir, entraîner par l'amour. Sans amour, pas de christianisme véritable, car le Dieu des chrétiens est charité (Joann., i, iv.. 16).