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CHAPITRE XIII. LA CHARITÉ

La charité embrasse dans une même étreinte Dieu et l'homme. Toute vertu théologale a nécessairement Dieu pour objet ; mais de quel droit étendre à la créature ce qui est exclusivement réservé à Dieu ? Le Seigneur même a voulu que nous aimions nos semblables d'un amour identique à celui que nous lui portons, parce que l'homme est fait à son image, et c'est Dieu encore que nous aimons en lui. De là la supériorité théorique et pratique de la charité sur la philanthropie. La philanthropie porte la peine de son origine : c'est une fille de la terre et ses sentiments en gardent la trace ; ils sont trop froids, incapables d'actes héroïques et de transformations radicales, ils ne sont pas toujours délicats dans le choix des moyens. Est-ce la charité ou la philanthropie qui fait d'un Pierre Claver l'esclave des nègres et d'un Vincent de Paul l'apôtre des galériens ? Est-ce la philanthropie ou la charité qui institue les fêtes de bienfaisance et qui pousse les gens à s'amuser

ferme pour venir en aide aux malheureux ?

D'ailleurs, la philanthropie n'est pas assez forte pour imposer silence à l'intérêt personnel, quand il nous assaille avec violence ; on n'a pas encore oublié que des Américains esclavagistes se déclarèrent partisans du polygénisme, pour échapper aux conséquences de cette fraternité qu'entraînait avec elle l'unité de l'espèce humaine et dont les plantations de cannes à sucre eussent trop souffert. Gomment la philanthropie répondra-t-elle aux mauvais procédés, à l'ingratitude, à la trahison ?

La charité sort de Dieu tout entière et retourne tout entière à lui. Aussi donne-t-elle la valeur exacte d'une âme au point de vue surnarel. Sans doute, elle n'est pas identique à la sainteté ; mais ce sont comme deux thermomètres parfaitement réglés l'un sur l'autre et qui montent ou' baissent en même temps. La sainteté, c'est l'union à Dieu, et la charité produit cette union par l'assimilation morale que l'a-

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