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LE MOUVEMENT DES OBJETS DANS LE CHAMP VISUEL

Sans faire aucun mouvement des yeux, nous pouvons constater que les objets se déplacent dans le champ visuel. L'exactitude de cette perception dépend de la localisation des sensations visuelles, de leur acuité, de leur durée propre.

1* Localisation des sensations visuelles. Nous n'apprécions bien que l'ordre dans lequel les objets sont distribués dans le champ visuel. Il en résulte: l** que pour percevoir le mouvement d'un objet, il nous faut au moins deux points de repère; 2^ que ce que la vue nous fait le plus exactement percevoir, c'est le mouvement angulaire ou perspectif des corps.

2^ Acuité des sensations visuelles. Les éléments rétiniens ayant une grandeur déterminée, un mouvement lent et continu ne peut être perçu que par intermittences.

3 Persistance des sensations visuelles. Les sensations visuelles ayant une persistance appréciable, nous ne pouvons percevoir distinctement les objets mobiles. Mais cette confusion des images nous sert comme de signe actuel du mouvement. C'est en la reproduisant que les peintres peuvent nous donner, dans leurs œuvres, l'illusion du mouvement.

De tous nos organes de perception, Tœil est sans conteste celui qui convient le mieux à la perception des objets en mouvement. Il les atteint à toute distance, constatant toutes leurs évolutions sans les modifier en rien. Enfin, et c'est la

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principale raison qui doit nous déterminer à les étudier plus en détail, les perceptions visuelles ont, au point de vue où nous nous sommes placés, une valeur bien supérieure à toutes les autres. Il n'est pour ainsi dire pas une particularité de ces perceptions qui ne contribue dans une certaine mesure à déterminer le caractère esthétique des mouvements.

La perception visuelle du mouvement est quelque chose de très complexe. Nous décomposerons donc le sujet, en étudiant d'abord les perceptions que nous donne Tœil immobile ; puis nous tiendrons compte de ses mouvements propres, et des apparences qui se produisent quand nous nous déplaçons nous-mêmes. — Cet ordre ne correspond en rien à l'acquisition successive de nos connaissances ; car l'exercice naturel des sens n'a rien de méthodique. Dans la pratique, nos premières perceptions visuelles sont accompagnées de mouvements des yeux et de déplacements du corps. Du premier coup, nous sommes jetés au plus fort des difficultés ; c'est à nous, comme on dit, de nous débrouiller ; et ces diverses connaissances, entre lesquelles nous allons établir un ordre logique, sont acquises un peu pêle-mêle. — Mais, si dans la pratique on va toujours du compliqué au simple, dans la théorie il vaut mieux aller du simple au compliqué.

Faisons donc pour le moment abstraction, je ne dis pas de tout ce que le mouvement des yeux nous a appris, mais de tout ce qu'il peut nous apprendre à nouveau sur le mouvement des objets. Supposons l'œil parfaitement immobile, et voyons ce que devient, dans de pareilles conditions, la perception du mouvement.

Complexité des perceptions vsiuelles,

La vue peut nous donner à la fois un nombre prodigieux de sensations parfaitement distinctes et admirablement loca-

Usées. Vous avez devant vous une page d'imprimerie, sur laquelle vous fixez votre regard : vous distinguez avec une netteté absolue tous les caractères qui avoisinent le point de fixation ; au delà de cette zone de vision directe, dont la posir tion et rétendue dans le champ visuel correspondent à la position et à l'étendue de la tache jaune dans le champ rétinien, s'étend la région dite de la vision indirecte, où les objets paraissent moins nets : il nous serait très difficile de lire les caractères qui se trouvent sur la frontière même de cette région, et tout à fait impossible de distinguer ceux qui en occupent les confins extrêmes. Mais ces images, pour être de plus en plus troubles, n'en sont pas moins localisées ; elles nous apparaissent encore en dehors les unes des autres. Et en définitive, le nombre de perceptions que notre œil nous donne à la fois est tel, que nous pourrions passer une journée à décrire tout ce que nous voyons d'un seul regard dans le champ visuel.

Cette localisation des sensations visuelles, cette acuité de . la vue a pourtant ses limites, qu'il importe de déterminer pour voir dans quelle mesure et à quelles conditions nous pouvons percevoir le mouvement.

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