INTRODUCTION. XV
tion vraie de tous ou du moins de la grande majorité, il se met à analyser ses propres moyens d'action, fait de ces moyens le but de ses efforts et perd de vue le principe même de l'art, qui est la sincérité et la spontanéité de l'émotion.
Cette décadence est fatale, en raison même de la loi qui interdit à l'homme des races supérieures de s'arrêter trop longtemps en face des mêmes spectacles. Un moment vient nécessairement où le sentiment et l'idée qui ont inspiré une civilisation et un art épuisent tout leur effet utile, toutes leurs conséquences fécondes, et où l'esprit se trouve condamné, pour un temps plus ou moins long, à l'imitation et aux redites, par suite de l'admiration même qu'excitent les œuvres antérieures.
Alors ce n'est plus même le sentiment et l'idée antérieurs qu'on imite et qu'on redit, c'est l'expression de ce sentiment et de cette idée, c'est la forme par laquelle ils se traduisaient, forme désormais vide et inanimée.
Mais on se lasse bien vite de la simple imitation, précisément parce qu'elle ne dit plus rien à l'esprit. Pour renouveler la sensation, on force l'expression, on en poursuit logiquement l'exagération jusqu'aux dernières limites du possible. La fantaisie individuelle, absolument dévoyée, se donne libre carrière. L'art devient Un exercice de même degré et de même valeur que les dislocations des clowns, qui ne songent qu'à étonner le public et à faire admirer la souplesse de leurs articulations.
Alors le public se partage en deux catégories iné-