XVI INTRODUCTION
gales : les dilettantes, qui feignent de trouver un plaisir particulier de délicats à ces exercices, parce qu'ils tiennent à faire partie d'une élite ; les autres, c'est-à-dire les quatre-vingt-dix-neuf centièmes de la population, qui, ne comprenant rien à ces calculs de raffinements, laissent aller l'art à sa perte, sans s'occuper de lui, et se désintéressent de tous les efforts qu'il fait pour attirer l'attention par ses singularités préméditées.
Si, dans ces conditions, il se rencontre un petit nombre d'artistes qui soient assez habiles pour découvrir encore quelques parcelles d'or dans la mine épuisée, ou qui soient assez en avance sur leur temps pouF entrevoir des sources nouvelles de poésie, les uns comme les autres ont grande chance de passer inaperçus au milieu de l'indifférence générale.
Tout cela est fatal. Il n'y a donc ni à s'en plaindre, ni surtout à s'en étonner.
Mais la même loi qui condamne les races progressives à épuiser leurs idées et leurs sentiments, afin de les corriger et de les compléter sans cesse par des idées et des sentiments nouveaux, devrait, par la conséquence logique de son application, produire après les civilisations mortes des civilisations nouvelles, et, par la même raison, enfanter des arts nouveaux appropriés à ces civilisations.
C'est ce qui arriverait, en effet, si, à côté de la tendance vers le progrès, il ne s'en trouvait une autre, exactement contraire, qui combat et le plus souvent opprime la première. Pendant que, dans un peuple, les uns poussent en avant à la recherche du mieux,*